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"Le 13 Ouvert"

Un peu d'histoire....
 

Depuis fin 1997, "l'Antenne de Proximité" a été ouverte dans nos anciens locaux de la rue des Chavannes le lundi de 10h. à 17h. Ce temps d’ouverture restreint permet tout de même  la préparation d'un repas, un repas pris en commun ainsi que diverses activités, principalement des travaux de réfection de la maison.

 En moyenne entre 10 et 15 personnes passent régulièrement chaque lundi.

 A partir du mois d’octobre1998, nous notons une augmentation de la fréquentation (environ 20 à 25 personnes par jour). Il est clair que l’approche de l’hiver, avec le besoin d’un repas chaud, a contribué à cette augmentation. Mais il y a aussi d’autres phénomènes explicatifs, notamment le fait que plusieurs usagers du lieu se sont passablement investis dans la structure et qu’ils ont fait un véritable travail d'information dans la zone. Le lieu, par le développement de sa “ vie intérieure ”, est aussi devenu plus attractif.

 Grâce à un réaménagement provisoire des disponibilités du personnel du Drop-In, nous avons pu en cette fin d’année ouvrir le lundi et le vendredi de 10h30 à 14h30.

 L’idée de concentrer nos temps d’ouverture sur la période du repas est issue d’un questionnaire que nous avons fait passer aux usagers. Il en ressortait clairement que les “ moments repas ” étaient vécus comme une des priorités. Nous avons donc jugé bon de centrer nos ouvertures sur ces moments privilégiés. 

 Parallèlement, des temps d’ouverture "officieux" et individualisés ont pu avoir lieu pour des projets individuels comme par exemple des travaux spécifiques dans la maison.

 Ce développement a permis à 70 personnes différentes de bénéficier d’un des services proposés par l’Antenne de Proximité. 

 De plus en plus de personnes qui ne sont pas suivies au Drop-In  la fréquentent. Cela a permis à certains usagers de s’approcher du secteur thérapeutique du Drop-In dans le but de commencer une prise en charge.

 Plusieurs personnes se sont particulièrement investies dans l’Antenne de Proximité.
 Des rôles de cuisinier, d’intendant de maison, d’animateur ont été endossés régulièrement par ces usagers. Ceux-ci mettent ainsi leur travail au service d’autres personnes toxicomanes souvent plus démunies, ce qui leur permet d’acquérir un autre rôle social et une autre identité favorables à leur évolution personnelle.

 Les travaux dans la maison ont bien avancé et plusieurs pièces ont aujourd’hui été métamorphosées par les soins des usagers du lieu. 
 
 
 

 Le repas et l'accueil
 

 C'est très certainement le "cœur de la maison".

 Nous observons très régulièrement que c'est aux heures des repas que s'instaurent des discussions de type informel où certains font tout "naturellement" l'apprentissage de la convivialité, du respect d'autrui.  Ils créent des liens dans une atmosphère plutôt familiale. C'est aussi de ces moments d'échange qu'ont émergé la plupart des projets de l'Antenne.

 Chaque semaine, la préparation et la réalisation des repas sont faites par un ou plusieurs usagers dans une dynamique où l'entraide joue un rôle essentiel. 

 En fonction des compétences de chacun, nous avons soutenu des équipes complémentaires qui ont permis de s'aventurer, pour la première fois, dans un travail collectif débouchant sur un résultat concret et gratifiant.

 Ces postes sont rediscutés et repourvus régulièrement dans l'esprit d'un tournus, ce qui a permis de planifier les repas sur un moyen terme.

 Le temps des repas s'est révélé également un moment privilégié  pour que les clients du "bistro" deviennent progressivement des partenaires prenant part aux décisions du fonctionnement de la maison.

 Mises à part les règles de base, pas de violence, pas de trafic ni de consommation, dont l'équipe éducative est la garantie, les décisions prises sur l'organisation et la maintenance ont toutes été discutées, négociées et prises de manière collective.
 Les usagers doivent rester les principaux acteurs de la dynamique des lieux. Dans ce contexte de "chaudes discussions" ont parfois eu lieu et ont surtout permis de faire "l'exercice de la démocratie".

 Un exemple : le prix du repas est facturé à Fr. 4.--   avec le souci de n'exclure personne. Pour cela, l'ensemble des usagers a choisi d'introduire "un système d'ardoise" qu'il est possible de "troquer" contre un service dont la collectivité bénéficie. Des postes se sont ainsi créés pour la maintenance des lieux et l'aide à la préparation des repas.

 Dans cette dimension "du faire avec", nous avons observé que les usagers sont à la fois preneurs, responsables et souvent capables d'une plus grande autonomie qu'ils ne l'estiment eux-mêmes.

 Ce restaurant "de rue" a permis aussi de voir que certaines personnes oublient le "stress de la rue" et se trouvent plus libres de leur temps.
 "S'oubliant" après les repas, des discussions nous ont permis de soutenir la réflexion des usagers pour chercher ensemble des solutions à leurs problèmes quotidiens. 

 Nous avons vu naître ainsi : 
· Une solidarité entre certains usagers qui se sont entraidés dans leurs difficultés journalières.
· La constitution de groupes de parole pour échanger des idées sur l'élaboration de nouveaux projets de l'Antenne et des bilans réguliers sur le fonctionnement du lieu.

Les activités occupationnelles

Les diverses activités qui ont été proposées ont toutes rencontré un écho extrêmement  positif auprès des usagers et nous avons déjà mesuré à quel point ce type de prise en charge est bénéfique.

Nous avons mis en place un atelier de menuiserie qui a permis cette année d'instaurer des dynamiques de groupe tant pour la réfection de la maison que pour des projets plus personnels. De ces derniers a émergé la réalisation d'un labo-photo et d'une bibliothèque qui ont déjà permis de constituer des groupes de rencontre.
Dans le devenir, nous avons comme objectif que ces ateliers permettent d'offrir des travaux d'occupation et de réinsertion, éventuellement sous la supervision d'un maître socioprofessionnel.

Parmi les activités "simples d'accès" qui permettent au plus grand nombre de personnes toxicomanes d'en bénéficier, nous avons commencé à élaborer le projet "d'un jardin potager social" avec l'aide de la ville de Neuchâtel.
En plus des divers travaux directement liés à la préparation et à l'entretien de ce jardin, les produits de ce potager serviront de base à la préparation des repas de l'année 1999.
En plus de la satisfaction de pouvoir s'investir dans une activité structurante, avec les rythmes qu'elle impose, nous ne doutons pas que de pouvoir ensuite "goûter aux produits finis" puisse être un facteur de valorisation pour les personnes ayant participé à leur culture et permet ainsi de faire émerger des processus identitaires autres que ceux liés à la toxicomanie.

Soutenir et réaliser ce projet aura certainement une double conséquence : offrir aux personnes toxico-dépendantes une meilleure image d'elles-mêmes et en donner une meilleure à la Cité.
 
 
 
 

Le secteur des soins
 

La pièce prévue pour l’infirmerie a été entièrement restaurée par les usagers. Elle est opérationnelle.
Les deux grands types d’offre actuelle sont les suivants :

· Traitement des dommages liés aux injections.

· Echange de seringues.

Peu de personnes ont profité de la première offre : en général les gens qui nous ont demandé des soins suite aux blessures dues aux injections sont  des gens connus du Drop-In qui fréquentent aussi l’Antenne de Proximité. On retrouve le type de blessure habituelle, abcès, phlébite, hématome.
Sans doute une méconnaissance du service, ainsi que la gêne et la honte liées à ce type de demande de soins expliquent l’impact encore relativement limité de ce service sur les usagers provenant directement de la zone.

La demande d’échanges de seringues a été un peu plus importante ; elle est en tout cas assez régulière et certaines personnes inconnues de nos services se sont approchées spécifiquement pour cette offre. Cela nous a permis un premier contact intéressant avec une population de la zone qui n'est pas demandeuse de soins visant à l’abstinence ni même encore à la gestion de la consommation.

Nous facturons le prix coûtant du matériel. Le set complet revient à 50 centimes et il comprend : un piston, deux aiguilles, un tampon désinfectant, un sachet d’acide ascorbique, un tampon sec, une ampoule d’eau stérile et un “ flyer ” explicatif sur les risques d’overdose et les techniques de réanimation.
La règle est l’échange du matériel usagé contre du matériel neuf. Les exceptions peuvent exister.
Le lundi matin, jour habituel de fermeture des pharmacies, correspond à un des moments où les demandes sont importantes. Certains cocaïnomanes qui ont le besoin impérieux de "se shooter" très rapidement  ont pu par ce biais obtenir du matériel propre le lundi matin, ou pendant d’autres heures de fermeture des pharmacies entre 12 heures et 13 heures 30. Un des intérêts qui nous a été aussi manifesté par certains est une discrétion plus grande que celle qu’ils peuvent avoir dans une pharmacie où la demande de seringues peut être entendue par les autres clients de  l’officine.
Ces moments d’échanges de seringues sont évidemment bien plus riches que le simple échange matériel : ils ouvrent parfois la discussion sur la situation psychique et physique de la personne. Ils sont aussi l’occasion de parler de techniques d’injection appropriées. En effet de nombreuses lacunes existent à ce sujet : oubli de la désinfection préalable, absence de l’utilisation d’eau stérile chez les cocaïnomanes-injecteurs qui ne chauffent pas l’eau  avant leur injection.
 
 

La douche-buanderie
 

Durant le courant de l'année, ce service a montré qu'il est un instrument  adéquat avec une fréquentation relativement stable. Nous offrons la possibilité de se doucher, de se reposer, ou de manger, dans l'attente que son linge soit lavé et séché.

Accessoirement, ce service propose aussi une activité occupationnelle pour le linge de la maison.
 
 

Le coin statistique
 

· Plus de 70 personnes ont franchi le seuil de l’Antenne.
 25% des personnes n’étaient pas connues de notre institution, et 4 d’entre elles ont bénéficié par la suite d’un traitement au Drop-In.

· 25% des personnes qui ont fréquenté ce lieu, ont participé régulièrement à des travaux de type occupationnel.

· 70% de personnes sont des consommateurs actifs, plutôt polytoxicomanes alors que les 30% restant présentent une forte marginalisation et une désinsertion sociale.

· 15 personnes ont bénéficié des soins sanitaires.

· En moyenne, 20 personnes sont de passage à chaque ouverture et 15 prennent un repas chaud.

· Plus de 25%  des personnes ont eu accès à des soins infirmiers de base, et 400 seringues ont été échangées.
 

Par ces quelques chiffres, nous remarquons que l’Antenne est prioritairement utilisée par des personnes toxicodépendantes. 1/3 d’entre elles ne sont toutefois pas concernées par ce type de problématique, mais sont demandeuses de services plutôt de type occupationnel et sanitaire. 
Cette observation nous encourage et nous permet de voir que l’Antenne n’est pas un “ ghetto pour toxicomanes ” et que d’autres personnes, aussi fortement marginalisées, ont fréquenté ce lieu. En effet, nous avons rencontré cette année des personnes dépendantes de "drogues légales" ou présentant des troubles psychiatriques. Parfois plus "simplement" des victimes de la situation conjoncturelle qui étaient en rupture de liens sociaux et médicaux. 

Ceci nous a amenés à réfléchir sur l'adéquation d'accueillir une population en marge diversifiée. 
Est-ce que des problèmes se présenteront en raison de la disparité des habitudes et des besoins de ces usagers ? 

Cette année, nous n'avons pas eu de problèmes liés aux différences. Au contraire, nous avons remarqué que certains usagers se côtoyaient en essayant de comprendre la souffrance des uns et des autres, sous-jacente aux symptômes apparents.

Nous sommes restés attentifs à faire :

· un travail d'information à toute personne inconnue de l'équipe éducative sur les objectifs de l'Antenne ainsi que d'éventuelles contre-indications à rester dans ce lieu.

· Un travail d'orientation et d'accompagnement sur d'autres services souvent méconnus, en fonction de la problématique des ces personnes.
 
 

En guise de première conclusion ...
 
 

Nous avons reçu dans cette Antenne des personnes toxicodépendantes, souvent polytoxicomanes dont la situation pour certaines était catastrophique.

La possibilité d’avoir eu un accès à l’Antenne pour y être accueilli, recevoir des soins de base, ou être “ ré ” orienté s’est souvent révélée primordiale.

Dans un démarrage minimal, avec des ouvertures à raison de 2 fois par semaine, les demandes ont afflué et n’ont cessé d’augmenter durant l’année.

La possibilité d’engager du personnel va heureusement permettre d’ouvrir davantage, de continuer à développer les secteurs déjà mis en place et de réaliser des projets restés encore au second plan.
Nous pensons notamment au secteur de “ l’écrivain public ” qui permettra aux personnes de pouvoir bénéficier d’une aide sociale, avec la participation d’intervenants extérieurs qui pourraient proposer leur service (juristes, assistants sociaux, maîtres socio-professionnels, etc.).

L'Antenne de Proximité s'est confirmée être parfaitement complémentaire aux autres services proposés par le Drop-In en touchant une population de la zone qui ne peut être contactée autrement.

Une grande partie de la population des personnes toxicomanes a besoin de soins bien avant d'être à un stade de sa trajectoire qui lui permette de viser à l'abstinence ou même à la gestion de la consommation et, ainsi, de pouvoir bénéficier d'un contact avec le réseau social et sanitaire.

L'automédication que représente l’utilisation du produit, mais aussi tous les rituels qui l’accompagnent, sont souvent momentanément la seule "colonne vertébrale" de ces patients et ne peuvent pas être abandonnés rapidement.

Ce constat, dicté par les réalités de la pratique sur le terrain, confirme la nécessité d'une approche des populations de toxicomanes bien avant leur capacité à envisager l'abstinence, quitte à les aider momentanément à mieux "gérer leur consommation" et à les aider également quand ils sont encore "complètement dans la zone".

Ce type de prise en charge leur permet de survivre, puis de vivre jusqu'au moment où il est possible d'envisager une demande de soins.

Cette approche permet à ces personnes d'entrer en contact avec le réseau sanitaire et social, ce dont elles ont encore plus besoin que la population bénéficiant d'un traitement visant à l'abstinence ou à la gestion de la consommation.

Il ne s'agit pas là de pratiques laxistes, mais, au contraire, plus exigeantes. Elles nécessitent une analyse précise de la situation et des besoins du patient et doivent déboucher sur une aide individualisée et adaptée à leur situation.

A la prévention, au traitement et à la répression du trafic il s'est donc progressivement avéré nécessaire d'ajouter également la protection de la santé des usagers de drogue n'étant pas "encore" à un stade de leur trajectoire leur permettant de viser à l'abstinence ou même de demander des soins visant à la gestion de la consommation.

Dans cet esprit, le "Concept pour une politique cantonale neuchâteloise relative aux problèmes liés à la toxicomanie des jeunes", concept évolutif qui adhère à la politique fédérale dite "des 4 piliers" (prévention, traitement, "aide à la survie" et répression du trafic) se réalise enfin complètement dans notre canton.

Les mesures prises dans le cadre de "l'aide à la survie" peuvent amener d’importants bénéfices : 

· amélioration de l'état social et sanitaire des personnes toxicomanes avec comme corollaire une facilitation de l’accès aux thérapies visant à amener progressivement à l'abstinence;

· baisse de la criminalité;

· diminution des coûts d'infrastructure et des coûts sociaux de la toxicomanie et de ses corollaires;

· diminution des cas d'overdoses.
 


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