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" LE 13 OUVERT 2001"

 

 

AIDE A LA SURVIE  

 

INTRODUCTION 

L’année passée, nous nous sommes penchés sur plusieurs aspects de l’aide à la survie, notamment celui de l’histoire de ce secteur en Suisse et dans le contexte neuchâtelois. De plus, nous avons tenté de détailler les différents services proposés au "13 Ouvert" et au Jardin potager social. Nous n’y reviendrons par conséquent pas cette année et invitons le lecteur intéressé à se reporter au rapport d’activité 2000 ou à consulter notre site internet http ://www.drop-in.ch. 

Un contexte de sous-effectif  

Dans notre activité liée à l’aide à la survie, l’année 2001 a notamment été marquée par un contexte de sous-effectif. L’alternative adoptée a été celle du souhait de maintenir les acquis et la qualité du suivi collectif qui leur est liée. Ainsi plusieurs projets ont été mis en attente de réalisation et, malheureusement, la décision de fermer le "13 Ouvert" un jour par semaine s’est imposée tant la charge de travail des collaborateurs ne les a pas autorisés à augmenter le temps consacré à ce secteur

Une fréquentation toujours en hausse ! 

Malgré cette diminution de jours d'ouverture, la fréquentation en nombre de personnes ayant fréquenté l’antenne de rue est restée stable, voire a même légèrement augmenté. Cette réalité statistique tend à corroborer notre vif sentiment selon lequel le travail effectué dans le secteur de l’aide à la survie répond à un besoin. Un besoin qui nous est d’ailleurs quotidiennement exprimé par les usagers et que l’analyse de quelques situations visera à éclairer.  

Un choix : descriptions de situations de vie 

Cette année, en effet, le choix d’exposer différentes situations ou "vignettes cliniques" s’est imposé tant il nous paraît important que le lecteur puisse se rendre compte à la fois du travail effectué par les collaborateurs - dont les rôles sont nombreux -, de ce que des lieux comme le 13 Ouvert et le jardin peuvent offrir et de la manière dont les usagers utilisent ces différents services. Nous espérons que notre présentation lui permette d’entrer quelque peu dans la dynamique de ces lieux. 

L’idée est par conséquent de retracer brièvement l’historique liant quelques usagers au 13 Ouvert ou au Jardin potager social en insistant sur quelques-unes de leurs demandes, sur la manière dont nous avons pu y répondre et, en quelque sorte, sur la dynamique qui en a résulté. La seconde partie de ce chapitre sera consacrée à un rapide tour des services de l’antenne de rue et du jardin. La troisième partie consiste en une réflexion sur certains aspects de notre pratique. Il est notamment fait mention de la sévérité des troubles psychiatriques que rencontre une proportion importante de la population fréquentant le 13 Ouvert et des implications de ces pathologies par rapport aux lieux et aux services que nous proposons.


"VIGNETTES CLINIQUES" 

 

AMANDINE 

Un mutisme inquiétant 

Lorsqu’elle franchit pour la première fois la porte du 13 Ouvert en été 1999, Amandine n’est alors âgée que de 18 ans. Mine sombre que des cheveux mi-longs tentent de camoufler, vêtements foncés et usagés, adoptant des postures quasi catatoniques, elle présente alors un mutisme inquiétant que des efforts relationnels de l’équipe tendent progressivement à percer. Elle semble s’ouvrir peu à peu et des demandes sont esquissées. 

Orientation vers le Planning familial 

Sans formation, sans travail, Amandine est également sortie depuis plusieurs mois de tous réseaux sociaux ou médicaux. Pourtant le chaos psychique et social dans lequel elle vit et qu’elle ne parvient que difficilement à verbaliser est inquiétant. Sa première demande d’aide concerne la contraception. Dès qu’elle se rend compte qu’elle est enceinte, elle réussit à appeler à l’aide, consciente du fait qu’elle est parfaitement incapable d’assumer un enfant. Rapidement, l’équipe du 13 l’assiste dans ses démarches de prises de contact avec le Planning familial. Suite à une interruption de grossesse, il est convenu que nous l’aiderons désormais à régulariser sa prise de la pilule. Néanmoins cette mesure se révèle insuffisante et, après une nouvelle I.V.G, elle accepte avec soulagement la solution de l’implant contraceptif. 

Une intégration par un contrat d’insertion socio-professionnelle 

Auparavant, dans le but de tenter de renforcer son intégration dans le cadre de l’antenne de rue, il est convenu d’adhérer à sa demande d’entamer un contrat d’insertion socio-professionnelle au jardin potager social. Son cahier des charges est minimal mais la régularité qu’il implique permet à Amandine de mieux "apprivoiser" le 13 et ses travailleurs sociaux avec lesquels la relation de confiance déjà amorcée se solidifie. 

De l’antenne de rue aux lieux de traitement 

Et lorsque des signes évidents de décompensation psychique se profilent (hallucinations notamment), il lui est plus aisé de formuler une demande de soins. Dans un premier temps, elle est orientée vers le C.P.S. (Centre Psycho-Social). Mais sa difficulté à se rendre à ses rendez-vous et à gérer la médication qui lui est prescrite rend le traitement médical difficile. 

D’un commun accord avec le C.P.S., la décision est prise de transférer le suivi médical et psycho-social au Drop-in. Cette alternative est d’autant plus judicieuse que la relation d’Amandine aux produits psychotropes est problématique. Elle affirme en effet que seule l’héroïne est susceptible d’atténuer ses angoisses et ses hallucinations. Une substitution à la méthadone et, plus important encore, une médication neuroleptique lui sont alors prescrites. 

Le travail continue... 

Aujourd’hui Amandine poursuit son traitement dans notre institution et continue de fréquenter quotidiennement le 13 Ouvert. Après avoir lâché son travail au jardin potager social et une tentative infructueuse de nouveau contrat d’insertion socio-professionnelle dans le cadre de l’antenne de rue, elle demande de pouvoir à nouveau bénéficier d’une activité occupationnelle. Avant d’accéder à sa demande, l’équipe du 13 lui a proposé une sorte de pré-contrat oral stipulant la nécessité d’améliorer certains aspects de son comportement. En effet, Amandine a maintes fois été surprise à voler des boissons, de la nourriture ou n’a pas effectué la petite prestation lui permettant de troquer son repas. 

Enfin, une collaboratrice de l’équipe est parvenue à motiver Amandine à prendre soin d’elle-même (se doucher, faire des lessives, etc.) de manière régulière et adéquate.   

PIERRE-ANDRE 

Pierre-André n’est pas un client de l’antenne de rue de la première heure. Bénéficiaire de l’Assurance invalidité depuis de nombreuses années, ce quadragénaire et père d’une petite fille témoigne de beaucoup d’efforts pour renforcer une stabilité psychique et sociale toujours chancelante. En traitement au Drop-in depuis plusieurs années, il déploie avec succès beaucoup d’énergie à mettre à distance les produits stupéfiants. 

Une situation de crise 

Lors de ses premiers passages au 13 Ouvert il y a près de deux ans et demi, Pierre-André vit une phase extrêmement pénible sur les plans affectif et social. Après avoir vécu une relation de couple pendant plusieurs années, il se sépare, se retrouve seul et, pendant quelques semaines, sans logement. C’est dans ce contexte de crise que Pierre-André, pour fuir la solitude d’abord, pour se nourrir également, franchit la porte de l’antenne de rue dont il connaît bon nombre d’usagers. 

Une fréquentation du lieu par phases 

Par la suite Pierre-André continue de fréquenter l’antenne de rue mais de manière irrégulière et par phases qui correspondent à des moments difficiles où il peine à assumer son nouveau style de vie. Lors de phases plus stables, il préfère éviter de se rendre au 13 affirmant qu’il est temps pour lui de changer d’horizon, de réaliser d’autres projets, de s’écarter d’une population dont la vie est généralement encore rythmée par la recherche et la consommation de produits stupéfiants. 

"Etre occupé" dans un environnement peu stressant 

Aujourd’hui moins influençable et déterminé dans son souhait de viser l’abstinence, il se rend plus régulièrement au 13. Après une tentative infructueuse de renouer avec une activité professionnelle à temps partiel, il se rend compte de ses limites dans la gestion du stress notamment. Néanmoins, son idée "d’être occupé" demeure intacte. Son souhait est de pouvoir évoluer dans le cadre d’une activité structurée mais comportant moins d’implications émotionnelles (stress, crainte de mal faire, crainte de l’échec, etc.), raison pour laquelle il a formulé la demande de pouvoir intégrer l’atelier K-Lumets du 13 Ouvert où il travaille actuellement deux jours par semaine. Le travail qu’il fournit lui permet de manger gratuitement tous les jours de la semaine. 

 

NA THALIE 

Des projets à soutenir 

Nathalie, âgée d’un peu plus de vingt ans, fréquente régulièrement l’antenne de rue depuis plusieurs années et suit un traitement au Drop-in depuis plus longtemps encore. Manuelle, "débrouille" mais extrêmement fragile sur le plan psychique, elle émet rapidement le souhait d’être active dans ce lieu qui offre de nombreuses possibilités de réaliser des projets tout en lui permettant d’avancer au rythme qui est le sien

La création de l’atelier de couture 

Son intérêt se porte alors sur la création d’un atelier de couture dans l’une des pièces encore vides de la maison. C’est par écrit qu’elle formulera sa demande et établira un concept couture. Soutenue par une collaboratrice de l’équipe des travailleurs sociaux et assistée par quelques autres usagères, elle commence par nettoyer, repeindre puis décorer une chambre jusque-là laissée en friche. 

Des premiers travaux utiles et fort appréciés 

Les premiers travaux de couture débutent dès l’installation de machines à coudre neuves. Dans le même temps, Nathalie suit assidûment des cours de couture lui permettant de parfaire des connaissances par ailleurs déjà bien établies. Son rôle de couturière concerne d’abord la confection de tabliers pour l’équipe de cuisine du 13 Ouvert et pour les jardiniers du Jardin potager social. Puis naît le projet d’une brocante d’habits destinée à pouvoir échanger des vêtements. Un autre aspect de son cahier des charges est d’être présente pour accompagner les usagers qui souhaitent effectuer diverses tâches de couture. Enfin, elle met ses capacités et le matériel de l’atelier à disposition des usagers pour faire diverses retouches sur des vêtements. 

L’établissement d’un contrat I.S.P. 

Il est à signaler qu’à l’origine, Nathalie entend travailler bénévolement dans le seul souci de trouver une activité occupationnelle intéressante, utile et gratifiante. L’établissement d’un contrat d’insertion socio-professionnelle va en quelque sorte récompenser la qualité du travail accompli

Le projet se fane 

Garante du bon fonctionnement de l’atelier, elle gère le lieu de manière adéquate pendant plus d’une année. Une certaine surcharge à laquelle se sont ajoutés d’importants problèmes affectifs a eu pour conséquence une désertion progressive de son poste de travail. Consciente de ses difficultés, elle décide de rompre momentanément son contrat I.S.P. dans le but de consacrer le peu d’énergie qui lui reste à d’autres "combats". 

Elle continue néanmoins à fréquenter régulièrement le 13 Ouvert se rendant irrégulièrement dans "son" atelier pour y effectuer quelques travaux ponctuels. 

Une expérience en cuisine 

Lorsque sa situation gagne en stabilité, Nathalie redemande à pouvoir être occupée dans le cadre de l’antenne de rue. Sans briguer un nouveau contrat I.S.P., elle souhaite parfaire ses compétences de cuisinière. Il est alors établi qu’elle prépare le repas - avec son ami - une fois par semaine. La rémunération imaginée est de pouvoir manger gratuitement les autres jours de la semaine. 

La volonté du couple de cuisiner de manière diversifiée, originale voire exotique est très appréciée par les usagers. De plus, progressivement, elle parvient à s’autonomiser dans son travail. Après une période de plusieurs semaines où elle et son ami seront supervisés, ils sont aujourd’hui capables d’assumer seuls (ou presque) l’établissement d’un budget, les commissions et la confection du repas. 

Nouveau contrat d’insertion 

Près d’une année après l’installation de ce nouveau type de "collaboration" - très fructueuse au demeurant - Nathalie émet le désir d’augmenter le volume de ses activités et de rouvrir l’atelier de couture qu’il s’agit de remettre en état. A la fin de l’année précédente, avec l’accord du Service social, un nouveau contrat I.S.P. est établi dont le cahier des charges concerne un jour de cuisine et deux jours de couture. 

Outre l’activité, un espace d’écoute a également été proposé à Nathalie avec comme objectif qu’elle puisse verbaliser les difficultés (techniques mais surtout émotionnelles) inhérentes à son travail, au stress que celui-ci implique et à l’atmosphère parfois effervescente du lieu. Fragile, introvertie mais impulsive lorsque trop de tensions ont été accumulées, elle tente désormais de mettre en place des stratégies destinées à prévenir le "burn-out" et son corollaire inévitable qui est la (nouvelle) rupture de son contrat.

 

ANTOINE 

Un usager dont nous ne savons presque rien 

Nous ne savons que très peu choses d’Antoine. Toxico dépendant, injecteur depuis plusieurs années, il est suivi par un médecin qui lui prescrit notamment de la méthadone. Ses passages au 13 Ouvert sont toujours furtifs et ce n’est que très rarement qu’Antoine se pose ne serait-ce que quelques minutes pour boire un café, lire le journal, discuter brièvement ou manger. 

Une seule demande : l’échange de matériel d’injection 

Lorsqu’il franchit la porte du 13, le comportement d’Antoine est ritualisé. Le plus discrètement possible, cet homme d’une trentaine d’année toujours correctement vêtu et poli s’efforce de capter rapidement notre attention. Dès lors, c’est timidement qu’il formule sa demande de pouvoir échanger ou acheter du matériel d’injection. En montant à l’étage et pendant l’échange, quelques mots sont partagés. A quelques reprises, Antoine pose des questions liés à la technique d’injection, au matériel utilisé ou aux risques liés à l’injection. Puis, visiblement soulagé d’avoir obtenu ce qu’il souhaitait, il remercie chaleureusement et s’en va... 

 

CASSANDRE 

Une pathologie importante 

Agée d’une trentaine d’années, Cassandre est en traitement au Drop-in depuis quelque temps. A ses problèmes d’addictions s’ajoutent également de profonds troubles psychiatriques : elle entend des voix, se sent habitée par de minuscules personnages qui parfois la persécutent. Néanmoins, son traitement (suivi psychosocial et médication neuroleptique) lui permet de vivre dans son quotidien et, bien que fragile, de conserver une relative stabilité

La nécessité de poursuivre son traitement 

Lorsqu’elle est condamnée pour divers petits larcins (vols à l’étalage notamment et petit trafic), il paraît adéquat de transformer ses 40 jours d’emprisonnement en travail d’intérêt général (T.I.G.). L’objectif premier est qu’elle puisse poursuivre son traitement. De plus, il s’agit d’éviter toute décompensation qui pourrait être liée à une incarcération. 

Un investissement exemplaire 

Le poste qui lui est proposé concerne des travaux de conciergerie et de buanderie. Rapidement, Cassandre investit à la fois son travail et le lieu au sein duquel elle semble trouver sa place. Dynamique, abattant une quantité remarquable de travail, de tempérament gai, elle insuffle une ambiance chaleureuse dans la maison et est appréciée par tous. La fierté qu’elle témoigne quotidiennement à nous faire la liste de ce qu’elle a effectué nous fait penser que son investissement agit positivement sur son estime de soi et le maintien d’une stabilité fragile. 

Un travail bénévole après le T.I.G. 

Après une longue période de T.I.G. (5 mois), Cassandre souhaite poursuivre son activité au 13 Ouvert, mais en tant que bénévole - il est convenu qu’elle mange gratuitement chaque jour en (petite) contre-partie de ses prestations. 

Décompensation et consommations 

D’importants conflits de couple qui vont aboutir à une séparation vont sérieusement remettre en question la stabilité acquise pendant plusieurs mois. Cassandre se met à boire de manière inquiétante et à consommer régulièrement divers produits stupéfiants tels que l’héroïne, la cocaïne et des somnifères. De plus son délire se "réveille" : elle est la victime d’un immense complot médical et se sent manipulée de manière scandaleuse. 

Une collaboration impossible 

La situation devient plus problématique encore lorsque des rumeurs persistantes sont véhiculées au sujet de consommation et de trafic auxquels se livre Cassandre au sein même de l’antenne de rue. Alors que les usagers deviennent de plus en plus menaçants envers elle, elle ne cesse de nier ses agissements en prétendant qu’il ne s’agit là que d’histoires montées de toute pièce pour lui nuire.

Prise sur le fait, Cassandre devra interrompre sa collaboration avec nous. Pour l’équipe du 13, il a été essentiel à ce moment-là de remettre la loi tout en lui faisant part de la qualité du travail effectué depuis plusieurs mois et en lui précisant que pour elle, notre porte ne se fermait que temporairement. 

Quelques semaines plus tard, peu de temps après avoir mis précipitamment un terme à son traitement au Drop-in, elle sera hospitalisée. Depuis sa sortie de la clinique, elle fera quelques épisodiques apparitions au 13 Ouvert.

 

REMI 

Une situation atypique 

Rémi, la cinquantaine, n’est pas en traitement au Drop-in et n’a jamais fréquenté l’antenne de rue. Ancien toxico dépendant, il est parvenu à mettre les produits à distance depuis plusieurs années. Il évoque néanmoins une relation ambiguë par rapport à l’alcool qu’il prétend gérer de manière satisfaisante. 

Traitement de l’hépatite C et activité occupationnelle 

Entamant dans quelques semaines un traitement pour l’hépatite C à l’interféron, il prend connaissance des effets dépressogènes de celui-ci. Doutant de pouvoir assumer un travail, il souhaite néanmoins conserver une activité pendant la durée du traitement. Ayant entendu parler par des proches des programmes I.S.P. dans le cadre du jardin potager social, il formule une demande de pouvoir s’y inscrire tout en bénéficiant d’horaires adaptés au rythme du traitement (en règle générale, deux jours après l’injection hebdomadaire de l’interféron, s’installent des états grippaux importants, ce qui rend la poursuite d’un travail voire même toute activité extrêmement pénible). 

Une année d’I.S.P. au jardin 

Rémi participe pendant une année entière aux travaux de la terre, à la préparation du stand de Noël et à la vente. 

Vers d’autres horizons ? 

Mais alors que se poursuit le traitement, le taux d’absentéisme de Rémi augmente progressivement. Et lorsqu’il l’achève enfin, il tend à lâcher un travail qui, nous le pensons, l’a aidé à maintenir un rythme de vie adéquat pendant la durée de son traitement. Le contrat I.S.P. est rompu mais il n’est pas exclu que Rémi - en proie à d’autres difficultés de vie aujourd’hui - reprenne contact.

 

JOSEPH 

Un travail d’intérêt général 

Joseph a été orienté au 13 Ouvert par son référent du Drop-in. La demande a concerné l’opportunité d’effectuer un T.I.G. (travail d’intérêt général) dans le cadre de l’antenne de rue.

Fragile sur le plan psychologique, père de trois enfants, il est paru dans cette situation inadéquat que le patient soit incarcéré pour des motifs liés à la consommation de produits stupéfiants. 

Devant effectuer 80 heures de T.I.G., il a été proposé à Joseph un emploi de sommelier à raison de 3 jours par semaine. Après d’autres tentatives de mener à bien des T.I.G. - ruptures dues à des absences non excusées - la condition établie a été celle de la régularité dans le respect du cadre horaire. 

Un cadre respecté 

Sur ce plan-là, Joseph a montré de bonnes dispositions. Mieux même puisque la qualité de son travail a été vivement appréciée par l’équipe éducative et les usagers. De son côté, l’intérêt qu’il a éprouvé dans ce travail l’a motivé à le poursuivre mais dans le cadre d’un programme d’insertion socio-professionnelle cette fois. Rapidement, toutefois, il met un terme à son contrat et, actuellement, a cessé de fréquenter l’antenne de rue.

 

 

REFLEXION SUR LES ACTIVITES OCCUPATIONNELLES 

Une population et des besoins 

Les situations de vie décrites ci-dessus tendent à montrer, selon nous, que le travail effectué dans le secteur de l’aide à la survie est adapté à la population qui fréquente le 13 Ouvert et le Jardin potager social. Nous l’avons montré, bon nombre des usagers souffrent de troubles psychiatriques importants ; leur stabilité psychique est souvent extrêmement précaire et leurs capacités à investir des lieux de soins conventionnels ou des structures proposant des activités occupationnelles sont faibles

Un accueil individualisé et adapté à chacun 

Pour ces personnalités fragiles, le 13 Ouvert et le Jardin potager social constituent peut-être l’une des seules structures de la région leur permettant d’investir puis de tenir une activité. Les contrats I.S.P. que nous pouvons proposer de même que les contrats établis avec d’autres personnes qui ne sont pas prises en charge par les Services sociaux (bénéficiaires de l’A.I. par exemple) sont adaptés à chaque situation. Autrement dit les cahiers des charges proposés - qui peuvent être minimaux - sont toujours individualisés en fonction des moyens de la personne tout en maintenant bien entendu une cohérence stricte entre ce qui est convenu avec la personne demandeuse et sa prestation réelle. 

Différentes logiques d’insertion socio-professionnelle 

Mais la population du 13 Ouvert est diversifiée. Si pour beaucoup l’antenne de rue a pour fonction essentielle de leur offrir à plus ou moins long terme un lieu de vie permettant de donner un sens à leur quotidien, elle est pour d’autres un tremplin vers d’autres horizons. En effet, plusieurs personnes sous contrat I.S.P. se sont par la suite orientées vers d’autres structures dont les activités proposées correspondent mieux à une logique de réinsertion professionnelle. De plus, pour quelques-uns, la reprise momentanée d’une occupation au 13 Ouvert a favorisé des projets puis des réalisations visant à se réintégrer au marché du travail.

Ainsi les contrats I.S.P. "à la carte" peuvent suivre différentes logiques en fonction de la demande et de l’évaluation de celle-ci. Ils peuvent être conclus en amont d’un traitement comme nous l’avons souligné en ce qui concerne le cas d’Amandine où l’objectif visé était de favoriser son intégration dans un réseau social puis médical. Plus fréquemment, ils sont conclus en aval d’une entrée dans un réseau de soins dans l’objectif de permettre à un patient de gagner en stabilité. Enfin, nous venons de le souligner, ils peuvent également être conclus dans une logique de réinsertion professionnelle pour les patients les mieux stabilisés. 

 

LE 13 EN CHIFFRES 

 

Ouvertures du 13 Ouvert 

L’antenne de rue a ouvert ses portes à 212 reprises durant l’année écoulée. Il est à noter que nous avons toujours tenté de conserver le lieu ouvert durant les semaines de vacances. En tout, seules 4 semaines dispersées dans l’année n’ont pas connu d’ouverture et ce malgré le travail en   sous-effectif des collaborateurs. 

Ci-après les jours d’ouverture dans les 12 mois de l’année :

Janvier :             20                         Juillet :            19

Février :             15                         Août :              13

Mars :                 20                        Sept. :             16

Avril :                17                         Octobre :        22

Mai :                  21                         Nov. :              17

Juin :                  18                         Décembre :    14

 

Les passages au 13 Ouvert 

190 personnes différentes ont franchi à au moins une reprise le seuil du 13, ce qui constitue un chiffre semblable à celui de l’année précédente. Malgré un nombre réduit en termes de jours ouvrables, le nombre de passages est similaire à celui de l’année 2000, soit plus de 8000. En guise de comparaison, signalons qu’en 1998, le nombre de passage s’est élevé à 850, alors qu’il a été de 2800 en 1999. 

58% des personnes qui sont passées au 13 au moins une fois sont en traitement au Drop-in. 

42% des personnes qui sont passées au 13 au moins une fois ne sont pas suivis par notre institution

En affinant nos statistiques, nous constatons que les personnes qui fréquentent le plus régulièrement l’antenne de rue – autrement dit les usagers les plus fidèles – sont des patients suivis au Drop-in. 

En moyenne sur l’année, le 13 Ouvert a accueilli près de 38 personnes par jour ouvrable, ce qui constitue un chiffre quelque peu supérieur à celui de l’an 2000 (35 personnes). 

Les services 

Repas                                

En tout, près de 4100 repas ont été servis, ce qui constitue un chiffre similaire à celui de l’année passée, cela malgré un nombre quelque peu réduit de jours d’ouverture en 2001. La moyenne des repas servis est légèrement supérieure à 19

Nous l’avons déjà mentionné dans le rapport précédent, nous constatons que seule un peu plus de la moitié des usagers passant qu 13 vient dans le but de se restaurer. Cela s’explique par le fait que de nombreux travailleurs en contrat d’insertion socio-professionnelle (I.S.P.) ou en travail d’intérêt général (T.I.G.) ne mangent pas sur place. De plus, beaucoup sont ceux dont le passage est bref ; le temps d’un café, d’une lecture de journal ou d’une douche et puis s’en vont… 

Pourcentage des services utilisés par les usagers (la plupart des usagers utilisent plus d’un service, ce qui explique qu’en additionnant les pourcentages, le chiffre sera supérieur à 100%): 

Repas :                        55% des usagers viennent pour bénéficier d’un repas

Ateliers :                     35% des usagers sont occupés dans l’un de nos ateliers

Ecrivain public :            15% des usagers utilisent l’ordinateur

Sanitaire :                      8% des usagers utilisent la douche ou la machine à laver le linge

Infirmerie :                     8% des usagers échangent du matériel d’injection

 

Commentaire 

Chaque usager peut manger un repas chaud au prix de 4.-. Le troc est une possibilité de payer son repas en effectuant un travail d’utilité collective (d’une durée de 20 minutes environ). En moyenne, un peu plus du quart des repas sont « troqués ». 

Ateliers et insertion socio-professionnelle 

Les ateliers comprennent (par ordre de fréquentation décroissant) : 

-        Le jardin potager social au  sein duquel 9 personnes ont travaillé durant l’année représentant la conclusion de 25 contrats d’insertion socio-professionnelle (I.S.P.) renouvelables tous les 3 mois.

-        La cuisine dans le cadre de laquelle 6 personnes ont été occupées, représentant 18 contrats I.S.P.

-        L’atelier K-Lumets a occupé 5 personnes représentant également 14 contrats I.S.P.

-        La conciergerie et la buanderie ont occupé 2 personnes représentant 3 contrats I.S.P.

-        La couture a occupé 1 personne représentant 3 contrats I.S.P.


Travail d’intérêt général 

En 2001, 3 personnes ont entamé un travail d’intérêt général (T.I.G.) au 13 Ouvert. L’un a dû être interrompu (non respect du cadre) alors que les deux autres « tigistes » ont effectué l’intégralité des heures à effectuer. L’un a officié en tant que sommelier. L’autre a fait un travail de conciergerie. 

Sanitaires 

Chaque usager a la possibilité d’utiliser une douche et de laver son linge. Ce service est utilisé quotidiennement par au moins 1 usager

Ecrivain public et service informatique 

Ce service met à disposition un ordinateur et, au besoin, l’aide d’un collaborateur pour rédiger différents documents (lettres, C.V., etc.). Ce service est utilisé quotidiennement par au moins 2 usagers. 

Infirmerie 

Ce lieu permet l’échange de matériel d’injection et de dispenser des soins infirmiers. Plus de 1000 seringues comprenant tout le matériel d’injection ont été vendues ou échangées. 18 personnes différentes ont utilisé ce service. 

 

CONCLUSION

 

Nous l’avons mentionné plus haut, le nombre de passages au 13 Ouvert a augmenté par rapport à l’année précédente, ceci malgré l’ouverture restreinte du lieu. Les jours ouvrables et les heures d’ouverture de l’antenne de rue, nous devons le constater, dépendent de notre emploi du temps et du volume de nos prises en charge individuelles (secteur thérapeutique). Mais il faut bien constater qu’en termes d’ouverture, le secteur de l’aide à la survie ne répond pas aux besoins des usagers. Pour plusieurs d’entre eux parmi lesquels les plus désinsérés, en effet, le 13 Ouvert constitue l’un des seuls points de repère conférant encore un sens à leur existence, cela à un moment précis de leur trajectoire. Ils viennent y manger, s’occuper, effectuer des démarches sociales (recherche d’appartement par exemple), se divertir, rencontrer des travailleurs sociaux ou d’autres usagers, etc. Il n’est pas rare que des demandes soient formulées concernant des ouvertures en soirée ou durant le week-end. 

Notre pratique quotidienne nous force également à constater un autre manque dans le réseau social de la région : un hébergement d’urgence "bas seuil". Il  squatters font partie de celles-ci. Mais le plus souvent, il s’agit de personnes qui viennent de perdre leur appartement et pour lesquelles la recherche d’un nouveau "chez-soi" n’est pas aisée, loin s’en faut. Si le 13 Ouvert est un lieu permettant d’effectuer les démarches de recherche d’appartement (accès gratuit aux journaux et au téléphone ; coaching dans les démarches), ces personnes, trop souvent, sont livrées à elles-mêmes quant à la question de l’hébergement. Pour les personnes suivies par le Service social, la solution de l’hôtel peut être proposée. Pour les autres, le "système D" prévaut : ils tentent de "s’inviter" chez des connaissances, ce qui n’est pas sans engendrer de sévères conflits ; ils dorment le jour dans des lieux publics et s’ingénient la nuit pour ne pas mourir de froid ; ils retournent dans leur famille avec laquelle, parfois, un important contentieux demeure. 

Un lieu d’hébergement d’urgence permettrait à ces personnes de se poser en attendant... et favoriserait ensuite l’établissement d’un climat et d’un état psychique plus sereins pour effectuer des démarches longues et, pour ces personnes, empreintes de nombreuses désillusions.

 

 

 

 


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