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" LE 13 OUVERT 2001" AIDE
A LA SURVIE
INTRODUCTION L’année
passée, nous nous sommes penchés sur plusieurs aspects de l’aide à la
survie, notamment celui de l’histoire de ce secteur en Suisse et dans le
contexte neuchâtelois. De plus, nous avons tenté de détailler les différents
services proposés au "13 Ouvert"
et au Jardin potager social. Nous
n’y reviendrons par conséquent pas cette année et invitons le lecteur intéressé
à se reporter au rapport d’activité 2000 ou à consulter notre site internet
http ://www.drop-in.ch. Un
contexte de sous-effectif Dans
notre activité liée à l’aide à la survie, l’année 2001 a notamment été
marquée par un contexte de sous-effectif. L’alternative adoptée a été
celle du souhait de maintenir les acquis
et la qualité du suivi collectif qui leur est liée. Ainsi plusieurs
projets ont été mis en attente de réalisation et, malheureusement, la décision de fermer le "13 Ouvert" un jour par semaine
s’est imposée tant la charge de travail des collaborateurs ne les a pas
autorisés à augmenter le temps consacré à ce secteur. Une
fréquentation toujours en hausse ! Malgré
cette diminution de jours d'ouverture, la fréquentation en nombre de personnes
ayant fréquenté l’antenne de rue est restée stable, voire a même légèrement
augmenté. Cette réalité statistique tend à corroborer notre vif
sentiment selon lequel le travail effectué dans le secteur de l’aide à la
survie répond à un besoin. Un besoin qui nous est d’ailleurs quotidiennement
exprimé par les usagers et que l’analyse de quelques situations visera à éclairer.
Un
choix : descriptions de situations de vie Cette
année, en effet, le choix d’exposer
différentes situations ou "vignettes cliniques" s’est imposé
tant il nous paraît important que le lecteur puisse se rendre compte à la fois
du travail effectué par les collaborateurs - dont les rôles sont nombreux -,
de ce que des lieux comme le 13 Ouvert et le jardin peuvent offrir et de la manière
dont les usagers utilisent ces différents services. Nous espérons que notre présentation
lui permette d’entrer quelque peu dans la dynamique de ces lieux. L’idée est par conséquent de retracer brièvement l’historique liant quelques usagers au 13 Ouvert ou au Jardin potager social en insistant sur quelques-unes de leurs demandes, sur la manière dont nous avons pu y répondre et, en quelque sorte, sur la dynamique qui en a résulté. La seconde partie de ce chapitre sera consacrée à un rapide tour des services de l’antenne de rue et du jardin. La troisième partie consiste en une réflexion sur certains aspects de notre pratique. Il est notamment fait mention de la sévérité des troubles psychiatriques que rencontre une proportion importante de la population fréquentant le 13 Ouvert et des implications de ces pathologies par rapport aux lieux et aux services que nous proposons.
"VIGNETTES CLINIQUES"
AMANDINE Un
mutisme inquiétant Lorsqu’elle
franchit pour la première fois la porte du 13 Ouvert en été 1999, Amandine
n’est alors âgée que de 18 ans. Mine sombre que des cheveux mi-longs tentent
de camoufler, vêtements foncés et usagés, adoptant des postures quasi
catatoniques, elle présente alors un
mutisme inquiétant que des efforts relationnels de l’équipe tendent
progressivement à percer. Elle semble s’ouvrir peu à peu et des demandes
sont esquissées. Orientation
vers le Planning familial Sans
formation, sans travail, Amandine est également sortie depuis plusieurs mois de
tous réseaux sociaux ou médicaux. Pourtant le chaos psychique et social dans
lequel elle vit et qu’elle ne parvient que difficilement à verbaliser est
inquiétant. Sa première demande
d’aide concerne la contraception. Dès qu’elle se rend compte qu’elle
est enceinte, elle réussit à appeler à l’aide, consciente du fait qu’elle
est parfaitement incapable d’assumer un enfant. Rapidement, l’équipe du 13
l’assiste dans ses démarches de prises de contact avec le Planning familial.
Suite à une interruption de grossesse, il est convenu que nous l’aiderons désormais
à régulariser sa prise de la pilule. Néanmoins cette mesure se révèle
insuffisante et, après une nouvelle I.V.G, elle accepte avec soulagement la
solution de l’implant contraceptif. Une
intégration par un contrat d’insertion socio-professionnelle Auparavant,
dans le but de tenter de renforcer son intégration dans le cadre de l’antenne
de rue, il est convenu d’adhérer à sa demande d’entamer un contrat
d’insertion socio-professionnelle au jardin potager social. Son cahier des
charges est minimal mais la régularité qu’il implique permet à Amandine de
mieux "apprivoiser" le 13 et ses travailleurs sociaux avec lesquels la
relation de confiance déjà amorcée se solidifie. De
l’antenne de rue aux lieux de traitement Et
lorsque des signes évidents de décompensation psychique se profilent
(hallucinations notamment), il lui est plus aisé de formuler une demande de soins. Dans un premier temps, elle est
orientée vers le C.P.S. (Centre Psycho-Social). Mais sa difficulté à se
rendre à ses rendez-vous et à gérer la médication qui lui est prescrite rend
le traitement médical difficile. D’un
commun accord avec le C.P.S., la décision
est prise de transférer le suivi médical et psycho-social au Drop-in.
Cette alternative est d’autant plus judicieuse que la relation d’Amandine
aux produits psychotropes est problématique. Elle affirme en effet que seule
l’héroïne est susceptible d’atténuer ses angoisses et ses hallucinations.
Une substitution à la méthadone et, plus important encore, une médication
neuroleptique lui sont alors prescrites. Le
travail continue... Aujourd’hui
Amandine poursuit son traitement dans
notre institution et continue de fréquenter quotidiennement le 13 Ouvert.
Après avoir lâché son travail au jardin potager social et une tentative
infructueuse de nouveau contrat d’insertion socio-professionnelle dans le
cadre de l’antenne de rue, elle demande de pouvoir à nouveau bénéficier
d’une activité occupationnelle. Avant d’accéder à sa demande, l’équipe
du 13 lui a proposé une sorte de pré-contrat oral stipulant la nécessité
d’améliorer certains aspects de son comportement. En effet, Amandine a
maintes fois été surprise à voler des boissons, de la nourriture ou n’a pas
effectué la petite prestation lui permettant de troquer son repas. Enfin,
une collaboratrice de l’équipe est parvenue à motiver Amandine à prendre
soin d’elle-même (se doucher, faire des lessives, etc.) de manière régulière
et adéquate.
PIERRE-ANDRE Pierre-André
n’est pas un client de l’antenne de rue de la première heure. Bénéficiaire
de l’Assurance invalidité depuis de nombreuses années, ce quadragénaire et
père d’une petite fille témoigne de beaucoup d’efforts pour renforcer une
stabilité psychique et sociale toujours chancelante. En traitement au Drop-in
depuis plusieurs années, il déploie avec succès beaucoup d’énergie à
mettre à distance les produits stupéfiants. Une
situation de crise Lors
de ses premiers passages au 13 Ouvert il y a près de deux ans et demi,
Pierre-André vit une phase extrêmement pénible sur les plans affectif et
social. Après avoir vécu une relation
de couple pendant plusieurs années, il se sépare, se retrouve seul et, pendant
quelques semaines, sans logement. C’est dans ce contexte de crise que
Pierre-André, pour fuir la solitude d’abord, pour se nourrir également,
franchit la porte de l’antenne de rue dont il connaît bon nombre d’usagers. Une
fréquentation du lieu par phases Par
la suite Pierre-André continue de fréquenter l’antenne de rue mais de manière
irrégulière et par phases qui correspondent à des moments difficiles où il
peine à assumer son nouveau style de vie. Lors de phases plus stables, il préfère
éviter de se rendre au 13 affirmant qu’il est temps pour lui de changer
d’horizon, de réaliser d’autres projets, de s’écarter d’une population
dont la vie est généralement encore rythmée par la recherche et la
consommation de produits stupéfiants. "Etre
occupé" dans un environnement peu stressant Aujourd’hui
moins influençable et déterminé dans son souhait de viser l’abstinence, il
se rend plus régulièrement au 13. Après une tentative infructueuse de renouer
avec une activité professionnelle à temps partiel, il se rend compte de ses limites dans la gestion du stress notamment.
Néanmoins, son idée "d’être occupé" demeure intacte. Son souhait
est de pouvoir évoluer dans le cadre
d’une activité structurée mais comportant moins d’implications émotionnelles
(stress, crainte de mal faire, crainte de l’échec, etc.), raison pour
laquelle il a formulé la demande de pouvoir intégrer l’atelier K-Lumets du
13 Ouvert où il travaille actuellement deux jours par semaine. Le travail
qu’il fournit lui permet de manger gratuitement tous les jours de la semaine. NA Des
projets à soutenir Nathalie,
âgée d’un peu plus de vingt ans, fréquente régulièrement l’antenne de
rue depuis plusieurs années et suit un traitement au Drop-in depuis plus
longtemps encore. Manuelle, "débrouille" mais extrêmement fragile
sur le plan psychique, elle émet
rapidement le souhait d’être active dans ce lieu qui offre de nombreuses
possibilités de réaliser des projets tout en lui permettant d’avancer au
rythme qui est le sien. La
création de l’atelier de couture Son
intérêt se porte alors sur la création
d’un atelier de couture dans l’une des pièces encore vides de la maison.
C’est par écrit qu’elle formulera sa demande et établira un concept
couture. Soutenue par une collaboratrice de l’équipe des travailleurs sociaux
et assistée par quelques autres usagères, elle commence par nettoyer,
repeindre puis décorer une chambre jusque-là laissée en friche. Des
premiers travaux utiles et fort appréciés Les
premiers travaux de couture débutent dès l’installation de machines à
coudre neuves. Dans le même temps, Nathalie suit assidûment des cours de
couture lui permettant de parfaire des connaissances par ailleurs déjà bien établies.
Son rôle de couturière concerne d’abord la confection de tabliers pour l’équipe
de cuisine du 13 Ouvert et pour les jardiniers du Jardin potager social. Puis naît
le projet d’une brocante d’habits destinée à pouvoir échanger des vêtements.
Un autre aspect de son cahier des charges est d’être présente pour
accompagner les usagers qui souhaitent effectuer diverses tâches de couture.
Enfin, elle met ses capacités et le matériel de l’atelier à disposition des
usagers pour faire diverses retouches sur des vêtements. L’établissement
d’un contrat I.S.P. Il
est à signaler qu’à l’origine, Nathalie entend travailler bénévolement
dans le seul souci de trouver une activité occupationnelle intéressante, utile
et gratifiante. L’établissement d’un
contrat d’insertion socio-professionnelle va en quelque sorte récompenser la
qualité du travail accompli. Le
projet se fane Garante
du bon fonctionnement de l’atelier, elle gère le lieu de manière adéquate
pendant plus d’une année. Une certaine
surcharge à laquelle se sont ajoutés d’importants problèmes affectifs a eu
pour conséquence une désertion progressive de son poste de travail.
Consciente de ses difficultés, elle décide de rompre momentanément son
contrat I.S.P. dans le but de consacrer le peu d’énergie qui lui reste à
d’autres "combats". Elle
continue néanmoins à fréquenter régulièrement le 13 Ouvert se rendant irrégulièrement
dans "son" atelier pour y effectuer quelques travaux ponctuels. Une
expérience en cuisine Lorsque
sa situation gagne en stabilité, Nathalie redemande à pouvoir être occupée
dans le cadre de l’antenne de rue. Sans
briguer un nouveau contrat I.S.P., elle souhaite parfaire ses compétences de
cuisinière. Il est alors établi qu’elle prépare le repas - avec son ami
- une fois par semaine. La rémunération imaginée est de pouvoir manger
gratuitement les autres jours de la semaine. La
volonté du couple de cuisiner de manière diversifiée, originale voire
exotique est très appréciée par les usagers. De
plus, progressivement, elle parvient à s’autonomiser dans son travail.
Après une période de plusieurs semaines où elle et son ami seront supervisés,
ils sont aujourd’hui capables d’assumer seuls (ou presque) l’établissement
d’un budget, les commissions et la confection du repas. Nouveau
contrat d’insertion Près
d’une année après l’installation de ce nouveau type de
"collaboration" - très fructueuse au demeurant - Nathalie émet le désir d’augmenter le volume de ses activités et de
rouvrir l’atelier de couture qu’il s’agit de remettre en état. A la
fin de l’année précédente, avec l’accord du Service social, un nouveau contrat I.S.P. est établi dont le cahier des charges
concerne un jour de cuisine et deux jours de couture. Outre l’activité, un espace d’écoute a également été proposé à Nathalie avec comme objectif qu’elle puisse verbaliser les difficultés (techniques mais surtout émotionnelles) inhérentes à son travail, au stress que celui-ci implique et à l’atmosphère parfois effervescente du lieu. Fragile, introvertie mais impulsive lorsque trop de tensions ont été accumulées, elle tente désormais de mettre en place des stratégies destinées à prévenir le "burn-out" et son corollaire inévitable qui est la (nouvelle) rupture de son contrat. ANTOINE Un
usager dont nous ne savons presque rien Nous
ne savons que très peu choses d’Antoine. Toxico dépendant, injecteur depuis plusieurs années, il est suivi par un médecin qui
lui prescrit notamment de la méthadone. Ses passages au 13 Ouvert sont toujours
furtifs et ce n’est que très rarement qu’Antoine se pose ne serait-ce que
quelques minutes pour boire un café, lire le journal, discuter brièvement ou
manger. Une
seule demande : l’échange de matériel d’injection Lorsqu’il
franchit la porte du 13, le comportement d’Antoine est ritualisé. Le plus
discrètement possible, cet homme d’une trentaine d’année toujours
correctement vêtu et poli s’efforce de capter rapidement notre attention. Dès
lors, c’est timidement qu’il formule sa demande
de pouvoir échanger ou acheter du matériel d’injection. En montant à
l’étage et pendant l’échange, quelques
mots sont partagés. A quelques reprises, Antoine pose des questions liés
à la technique d’injection, au matériel utilisé ou aux risques liés à
l’injection. Puis, visiblement soulagé d’avoir obtenu ce qu’il
souhaitait, il remercie chaleureusement et s’en va... CASSANDRE Une
pathologie importante Agée
d’une trentaine d’années, Cassandre est en traitement au Drop-in depuis
quelque temps. A ses problèmes d’addictions s’ajoutent également de
profonds troubles psychiatriques :
elle entend des voix, se sent habitée par de minuscules personnages qui parfois
la persécutent. Néanmoins, son traitement (suivi psychosocial et médication
neuroleptique) lui permet de vivre dans son quotidien et, bien que fragile, de conserver
une relative stabilité. La
nécessité de poursuivre son traitement Lorsqu’elle
est condamnée pour divers petits larcins
(vols à l’étalage notamment et petit trafic), il paraît adéquat de
transformer ses 40 jours d’emprisonnement en travail
d’intérêt général (T.I.G.). L’objectif premier est qu’elle puisse poursuivre
son traitement. De plus, il s’agit d’éviter
toute décompensation qui pourrait être liée à une incarcération. Un
investissement exemplaire Le
poste qui lui est proposé concerne des travaux de conciergerie et de buanderie.
Rapidement, Cassandre investit à la fois
son travail et le lieu au sein duquel elle semble trouver sa place.
Dynamique, abattant une quantité remarquable de travail, de tempérament gai,
elle insuffle une ambiance chaleureuse dans la maison et est appréciée par
tous. La fierté qu’elle témoigne quotidiennement à nous faire la liste de
ce qu’elle a effectué nous fait penser que son investissement agit
positivement sur son estime de soi et le maintien d’une stabilité fragile. Un
travail bénévole après le T.I.G. Après
une longue période de T.I.G. (5 mois), Cassandre souhaite poursuivre son
activité au 13 Ouvert, mais en tant que bénévole - il est convenu qu’elle
mange gratuitement chaque jour en (petite) contre-partie de ses prestations. Décompensation
et consommations D’importants
conflits de couple qui vont aboutir à une séparation vont sérieusement remettre
en question la stabilité acquise pendant plusieurs mois. Cassandre se met
à boire de manière inquiétante et à consommer régulièrement divers
produits stupéfiants tels que l’héroïne, la cocaïne et des somnifères. De
plus son délire se "réveille" : elle est la victime d’un
immense complot médical et se sent manipulée de manière scandaleuse. Une
collaboration impossible La situation devient plus problématique encore lorsque des rumeurs persistantes sont véhiculées au sujet de consommation et de trafic auxquels se livre Cassandre au sein même de l’antenne de rue. Alors que les usagers deviennent de plus en plus menaçants envers elle, elle ne cesse de nier ses agissements en prétendant qu’il ne s’agit là que d’histoires montées de toute pièce pour lui nuire. Prise
sur le fait, Cassandre devra interrompre sa collaboration avec nous. Pour l’équipe
du 13, il a été essentiel à ce moment-là de remettre la loi tout en lui faisant part de la qualité du travail
effectué depuis plusieurs mois et en lui précisant que pour elle, notre porte
ne se fermait que temporairement. Quelques semaines plus tard, peu de temps après avoir mis précipitamment un terme à son traitement au Drop-in, elle sera hospitalisée. Depuis sa sortie de la clinique, elle fera quelques épisodiques apparitions au 13 Ouvert. REMI Une
situation atypique Rémi,
la cinquantaine, n’est pas en traitement au Drop-in et n’a jamais fréquenté
l’antenne de rue. Ancien toxico dépendant, il est parvenu à mettre les
produits à distance depuis plusieurs années. Il évoque néanmoins une
relation ambiguë par rapport à l’alcool qu’il prétend gérer de manière
satisfaisante. Traitement
de l’hépatite C et activité occupationnelle Entamant
dans quelques semaines un traitement pour
l’hépatite C à l’interféron, il prend connaissance des effets dépressogènes
de celui-ci. Doutant de pouvoir assumer un travail, il souhaite néanmoins
conserver une activité pendant la durée du traitement. Ayant entendu parler
par des proches des programmes I.S.P. dans le cadre du jardin potager social, il
formule une demande de pouvoir s’y inscrire tout en bénéficiant d’horaires
adaptés au rythme du traitement (en règle générale, deux jours après
l’injection hebdomadaire de l’interféron, s’installent des états
grippaux importants, ce qui rend la poursuite d’un travail voire même toute
activité extrêmement pénible). Une
année d’I.S.P. au jardin Rémi
participe pendant une année entière aux travaux de la terre, à la préparation
du stand de Noël et à la vente. Vers
d’autres horizons ? Mais alors que se poursuit le traitement, le taux d’absentéisme de Rémi augmente progressivement. Et lorsqu’il l’achève enfin, il tend à lâcher un travail qui, nous le pensons, l’a aidé à maintenir un rythme de vie adéquat pendant la durée de son traitement. Le contrat I.S.P. est rompu mais il n’est pas exclu que Rémi - en proie à d’autres difficultés de vie aujourd’hui - reprenne contact. JOSEPH Un
travail d’intérêt général Joseph a été orienté au 13 Ouvert par son référent du Drop-in. La demande a concerné l’opportunité d’effectuer un T.I.G. (travail d’intérêt général) dans le cadre de l’antenne de rue. Fragile
sur le plan psychologique, père de trois enfants, il est paru dans cette
situation inadéquat que le patient soit incarcéré pour des motifs liés à la
consommation de produits stupéfiants. Devant
effectuer 80 heures de T.I.G., il a été proposé à Joseph un emploi de
sommelier à raison de 3 jours par semaine. Après d’autres tentatives de
mener à bien des T.I.G. - ruptures dues à des absences non excusées - la
condition établie a été celle de la régularité dans le respect du cadre
horaire. Un
cadre respecté Sur ce plan-là, Joseph a montré de bonnes dispositions. Mieux même puisque la qualité de son travail a été vivement appréciée par l’équipe éducative et les usagers. De son côté, l’intérêt qu’il a éprouvé dans ce travail l’a motivé à le poursuivre mais dans le cadre d’un programme d’insertion socio-professionnelle cette fois. Rapidement, toutefois, il met un terme à son contrat et, actuellement, a cessé de fréquenter l’antenne de rue.
REFLEXION SUR LES ACTIVITES OCCUPATIONNELLES
Une
population et des besoins Les
situations de vie décrites ci-dessus tendent à montrer, selon nous, que le
travail effectué dans le secteur de l’aide à la survie est adapté à la
population qui fréquente le 13 Ouvert et le Jardin potager social. Nous
l’avons montré, bon nombre des usagers souffrent de troubles
psychiatriques importants ; leur
stabilité psychique est souvent extrêmement précaire et leurs capacités à
investir des lieux de soins conventionnels ou des structures proposant des
activités occupationnelles sont faibles. Un
accueil individualisé et adapté à chacun Pour
ces personnalités fragiles, le 13 Ouvert
et le Jardin potager social constituent peut-être l’une des seules structures
de la région leur permettant d’investir puis de tenir une activité. Les
contrats I.S.P. que nous pouvons proposer de même que les contrats établis
avec d’autres personnes qui ne sont pas prises en charge par les Services
sociaux (bénéficiaires de l’A.I. par exemple) sont adaptés à chaque
situation. Autrement dit les cahiers des charges proposés - qui peuvent être
minimaux - sont toujours individualisés en fonction des moyens de la personne
tout en maintenant bien entendu une cohérence stricte entre ce qui est convenu
avec la personne demandeuse et sa prestation réelle. Différentes
logiques d’insertion socio-professionnelle Mais la population du 13 Ouvert est diversifiée. Si pour beaucoup l’antenne de rue a pour fonction essentielle de leur offrir à plus ou moins long terme un lieu de vie permettant de donner un sens à leur quotidien, elle est pour d’autres un tremplin vers d’autres horizons. En effet, plusieurs personnes sous contrat I.S.P. se sont par la suite orientées vers d’autres structures dont les activités proposées correspondent mieux à une logique de réinsertion professionnelle. De plus, pour quelques-uns, la reprise momentanée d’une occupation au 13 Ouvert a favorisé des projets puis des réalisations visant à se réintégrer au marché du travail. Ainsi
les contrats I.S.P. "à la carte" peuvent suivre différentes logiques
en fonction de la demande et de l’évaluation de celle-ci. Ils peuvent être
conclus en amont d’un traitement
comme nous l’avons souligné en ce qui concerne le cas d’Amandine où
l’objectif visé était de favoriser son intégration dans un réseau social
puis médical. Plus fréquemment, ils sont conclus en
aval d’une entrée dans un réseau de soins dans l’objectif de permettre
à un patient de gagner en stabilité. Enfin, nous venons de le souligner, ils
peuvent également être conclus dans une logique de réinsertion
professionnelle pour les patients les mieux stabilisés. LE 13 EN CHIFFRES
Ouvertures
du 13 Ouvert
L’antenne de rue a ouvert
ses portes à 212 reprises durant l’année écoulée. Il est à noter que
nous avons toujours tenté de conserver le lieu ouvert durant les semaines de
vacances. En tout, seules 4 semaines dispersées dans l’année n’ont pas
connu d’ouverture et ce malgré le travail en
sous-effectif des collaborateurs. Ci-après les jours d’ouverture dans les 12 mois de l’année : Janvier : 20 Juillet : 19 Février : 15 Août : 13 Mars : 20 Sept. : 16 Avril : 17 Octobre : 22 Mai : 21 Nov. : 17 Juin : 18 Décembre : 14 Les passages au 13 Ouvert
190 personnes différentes
ont franchi à au moins une reprise le seuil du 13, ce qui constitue un
chiffre semblable à celui de l’année précédente. Malgré un nombre réduit
en termes de jours ouvrables, le nombre de passages est similaire à celui de
l’année 2000, soit plus de 8000. En guise de comparaison, signalons
qu’en 1998, le nombre de passage s’est élevé à 850, alors qu’il a été
de 2800 en 1999. 58% des personnes qui sont
passées au 13 au moins une fois sont en traitement au Drop-in. 42% des personnes qui sont
passées au 13 au moins une fois ne sont pas suivis par notre institution. En affinant nos statistiques,
nous constatons que les personnes qui fréquentent le plus régulièrement
l’antenne de rue – autrement dit les usagers les plus fidèles – sont des
patients suivis au Drop-in. En moyenne sur l’année, le
13 Ouvert a accueilli près de 38 personnes par jour ouvrable, ce qui
constitue un chiffre quelque peu supérieur à celui de l’an 2000 (35
personnes). Les services
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