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" LE 13 OUVERT 2003" Qu’est-ce
que « l’aide à la survie » ? l’ensemble
des mesures médico-psycho-sociales destinées à permettre « l’approche
de la rue », comme l’ensemble des moyens à disposition pour faciliter
la rencontre avec les personnes toxico-dépendantes là où elles en sont dans
leur trajectoire, soit fréquemment en amont des structures de soins. L’idée
consiste à proposer des « outils » destinés à permettre de
mobiliser la personne et de l’inscrire progressivement, selon son propre
rythme, dans une démarche d’autonomisation. Qu’existe-t-il
en la matière à Neuchâtel ? Le
13Ouvert, c’est quoi ? Ce
sont des professionnels en matière d’addiction qui reçoivent des usagers indépendamment
de leur état physique et psychique du moment. Quels
types de services l’antenne de proximité met-elle à disposition ? Qu’est-ce
que vous y faites, que proposez-vous aux personnes marginalisées ? Ø
Un
accueil, destiné à toute personne indépendamment de son état
psychique et/ou physique du moment. Elle peut bénéficier, sous l’encadrement
de professionnels en matière d’addiction, d’une écoute active, d’un
travail d’orientation et d’un soutien dans l’établissement des premières
démarches sociales et/ou médicales. Ø La « deuxième porte » est proposée aux personnes cherchant à s’insérer socialement par le biais d’une occupation individualisée et principalement orientée dans les cadres du bistro, du jardin potager et de la maintenance de ces lieux. Quels
sont les principaux objectifs visés ? Les
objectifs directs : Ø
Entrer en contact avec une population
qui ne fréquente pas le Drop-in et qui se situe le plus souvent en amont d’une démarche de soins. Ø
Proposer un accompagnement
à des personnes toxico-dépendantes et/ou marginalisées là où elles se
situent dans leur trajectoire de vie. Ø
Augmenter la qualité de vie des personnes
toxico-dépendantes en leur offrant un lieu où il est possible de tisser
des liens, de se restaurer, de se laver, de travailler ou tout simplement de se
(re)poser. Ø
Permettre à ces personnes de « raccrocher »
au tissu sanitaire et social. Ø
Donner sens à un quotidien
le plus souvent marqué par le manque de repères, par l’ennui. Ø
Diminuer les risques liées aux pratiques des
personnes dépendantes ; effectuer
un travail de prévention sur les produits, les techniques d’injection ou
encore les maladies infectieuses. Les
objectifs « indirects » :
Ø
Réduire les risques sanitaires Ø
Réduire la délinquance Ø
Réduire les coûts liés aux deux points précités et aux addictions en générale A
quel type de population s’adresse le 13 ? Dans
la réalité, cette année, nous avons également rencontré une autre
population. En effet, dans le cadre du bistro, nous avons accueilli
- non sans une certaine surprise ! – bon nombre de personnes âgées dont la situation sociale, pour la plupart, est
extrêmement précaire. Nous avons pensé dans un premier temps que leur présence
ne serait qu’un feu de paille. Il n’en est rien. Plusieurs continuent de fréquenter
assidûment l’antenne de rue. Il est à noter que la cohabitation avec les
personnes toxico-dépendantes est généralement positive.
Nous
observons aussi que bon nombre de personnes
au bénéfice de l’A.I. (toxico-dépendantes ou non) qui n’ont pas de
structure d’accueil adaptée à leur problématique s’approchent du 13 avec
des demandes diverses (échapper à la solitude en tissant des liens, manger,
trouver une occupation, etc.). Quelle
est votre attitude lorsqu’une personne franchit le seuil du 13Ouvert pour
la première fois ? Dans
ce cadre, nous nous devons d’observer une certaine vigilance lorsqu’une
personne franchit pour la première fois la porte du 13. Il y a bien sûr un
respect de l’anonymat, mais un professionnel va toujours
entrer en contact avec un nouvel usager. L’objectif
de ce type de démarche est triple : Ø
informer la personne
concernant le lieu, ses objectifs, ses services, sa population Ø
se renseigner sur les attentes ou les demandes de
l’usager Ø
évaluer
s’il y a adéquation entre les deux
points mentionnés Comme
vous le décrivez, nous comprenons que l’accès est Ouvert à tout type
d’usagers. Il n’y a pas de seuil
minimal pour avoir accès au 13. Y a t-il tout de même des règles à respecter ? Ø
Il n’y a pas de trafic Ø
Il n’y pas de consommations Ø
Et
il n’y pas de violence L’antenne
de rue est effectivement ouverte à toute personne, indépendamment de son état
de santé physique et psychique. Nous le rappelons, notre « philosophie »
consiste à pouvoir commencer à accompagner la personne là où elle se situe
dans sa trajectoire. Toutefois, nous sommes intransigeants quant à ce que ces règles
soient entendues et respectées par les usagers du lieu.
« Tout le reste » se
négocie et est souvent prétexte à responsabiliser les clients du 13. Comment
réagissez-vous lorsque les règles sont transgressées ? Ø
Les
règles émises doivent être rappelées très fréquemment ! Ø
La
transgression est inévitable ! Ø
Le
respect des règles est corrélé avec la clarté et la transparence que nous
pouvons « assurer » dans notre fonctionnement. En cas de
transgression, au fil des années et des réflexions, la stratégie qui a cours
aujourd’hui est la suivante : Ø
verbaliser les impressions ;
cette conduite désamorce passablement de situations scabreuses Ø
sanctionner celui qui transgresse par un
avertissement Ø
interdire temporairement le lieu
au « fauteur de trouble » ; nous insistons sur
l’adverbe « temporairement », lequel témoigne de notre volonté
de sanctionner tout en évitant l’écueil de l’exclusion Ø instaurer des « assemblées générales » ouvertes à tous, avec pour but d’ouvrir un espace de discussion et de verbalisation des conflits. Est-ce
que vous pouvez nous donner un exemple ? Dans
un premier temps, nous l’informons des règles de la maison. Il nous jure que
jamais il ne se permettrait de se livrer au « business » dans ce
lieu… Rapidement, des rumeurs courent à son sujet : il serait le
« livreur de coke », celui par qui le produit transite, ce que nous
lui verbalisons. Le ton monte et Joe se présente comme une victime de
malveillance à son égard. Plus
tard dans la journée, il entre en conflit avec un autre usager qui l’a
qualifié de « dealer ». Nous intervenons immédiatement, séparant
les protagonistes avant qu’ils en viennent aux mains. Joe quitte le 13 avec
fracas, assénant le bar de violents coups de pieds au passage. Le
lendemain, alors que Joe se présente à la salle d’accueil du Drop-in, il est
convoqué par un collaborateur du 13 et par son référent institutionnel. Plus
calme, faisant part de ses remords, il éclate en sanglots, se rend compte que
sa situation est catastrophique. De même il parvient à « entendre »
puis, après avoir tenté de se justifier à nouveau, à accepter une sanction
temporaire de deux semaines. Et
si ça avait dégénéré ? Quels
services ont été les plus fréquentés ? Le
bar a également pris un essor important. Avant même l’heure d’ouverture
(9h00) se presse devant la porte d’entrée une dizaine d’habitués,
lesquels, le plus souvent, restent au 13 jusqu’à l’heure de la fermeture.
De
juillet à décembre 2003, la moyenne
quotidienne des passages au 13 s’est élevée à 70. Les vendredi,
ce nombre peut atteindre 90. L’année
2003 a-t-elle vu naître un nouveau service ? Pourquoi avoir posé un automate à seringues ? Depuis quand est-il en service ? Est-ce
que les usagers de drogues jettent leurs seringues dans la rue après leur
injection? Est-ce
que le retour du matériel d’injection usagé fonctionne? Combien
de boîtes sont-elles distribuées en moyenne par jour via l’automate ? Est-ce que
l’automate a modifié votre pratique de distribution du matériel
d’injection ? Qui
confectionne les boîtes mises dans l’automate ? Quel
premier bilan tirez-vous? Cette
nouvelle offre nous a permis d’entrer
en contact avec une partie de la population toxico-dépendante qui ne fréquentait
pas les structures du Drop-in ou du 13Ouvert. Ces premiers contacts
permettent de nous faire connaître et de distiller diverses informations de prévention
et de réduction des risques. Le
retour «insuffisant » du matériel d’injection pose quant à lui
diverses questions : Ø
Importance
de l’anonymat pour certains consommateurs ? Ø
Manque
d’information concernant le système de consignes ? Ø
Où
aboutit le matériel usagé (problème de santé publique) ? Une
enquête informelle sur le terrain auprès des usagers semble indiquer
clairement que certaines personnes ne souhaitent pas être connues de nos
services. Il semble s’agir de consommateurs occasionnels (ne voulant plus être
considérés comme des usagers de drogues et cherchant à masquer leur dérapage)
ou de consommateurs qui ont toujours « échappé » au réseau de
soins. Même si l’on peut regretter de ne pas pouvoir entrer en contact avec
cette population, il nous semble avant tout primordial de leur permettre
d’acquérir du matériel d’injection stérile, surtout en pensant aux
ravages actuels de l’hépatite C. En
ce qui concerne le matériel usagé, nous n’avons pour l’instant eu aucun écho
sur une augmentation de ce matériel abandonné dans des lieux publics.
Aujourd’hui, nous ne sommes qu’a une première évaluation du fonctionnement
sur moins d’une année, il est donc encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives sur la
question du retour du matériel. Globalement
l’objectif semble toutefois atteint, à savoir que le matériel d’injection
peut être obtenu en tout temps. Seringues
distribuées par l’automate
On constate
que le mois d’août correspond au mois de lancement de l’appareil,
l’automate n’est pas encore suffisamment connu des utilisateurs, ce qui
explique la faible distribution. Celle-ci augmente au fil des mois puis diminue
légèrement en décembre. Depuis décembre, l’automate connaît à nouveau
des problèmes techniques (l’argent introduit n’est pas toujours comptabilisé
et est donc perdu pour l’acheteur), ce qui a certainement contribué à une
baisse de son utilisation les derniers mois. Pour ce qui est du mois de février,
le chiffre est relatif car il correspond à seulement 2 semaines
d’utilisation. L’automate est aujourd’hui en révision et a été mis hors
service la deuxième moitié du mois de février. Dans
quels secteurs d’activités les personnes peuvent-elles travailler au 13 ?
Malgré
l’affluence massive, est-ce que ce sont toujours les usagers qui
confectionnent les repas ? Qu’est-ce
qu’un « contrat d’insertion socio-professionnelle » ? Qu’est-ce
que le « jardin potager social » ? Actuellement, une dizaine de patients y travaillent quotidiennement sous la supervision d’un « chef de culture » (un patient qui a investi le jardin dès la première heure) et d’un membre de l’équipe. Le
fruit du labeur des jardiniers permet de ravitailler le bistrot du 13Ouvert en
produits frais quotidiennement. Quels sont
les principaux bénéfices que les usagers peuvent tirer de leur activité au
jardin ? Nul
doute que l’expérience du jardin constitue un outil efficace permettant de
faire émerger des processus identitaires autres que ceux liés à la
toxicomanie. De même, le travail au jardin repose nécessairement sur une
logique d’anticipation, logique fondamentalement opposée au « tout,
tout de suite » caractérisant le fonctionnement le nombreuses personnes
toxico-dépendantes.
En
ce qui concerne « l’occupationnel », y a-t-il d’autres « portes
d’entrée » que le contrat I.S.P. ? Nous
proposons également des travaux ponctuels : « les
boulots à 5.- » et les « trocs » (un travail d’environ 30 minutes contre un repas). Une
autre « porte d’entrée » est également proposée aux personnes
à qui la possibilité est donnée de transformer une peine de prison ferme en
« travail d’intérêt général » (T.I.G.).
Le
T.I.G. ? En effet,
si l’on considère que la consommation de produits stupéfiants est
une automédication de problématiques sous-jacentes et antérieures,
l’emprisonnement ne règle rien. La
sphère juridique tend à partager cette opinion. L’excellente collaboration
avec l’Exécution des peines nous incite à poursuivre notre expérience en
matière de programmes de travaux d’intérêts généraux. A l’instar des personnes sous contrats I.S.P., celles qui effectuent un T.I.G. se voient attribuées un horaire et un cahier des charges. Le suivi est effectué avec rigueur et en lien étroit avec l’Exécution des peines. Avec
quels partenaires du tissu social collaborez-vous ? Ainsi
que nous le mentionnons plus haut, une excellente collaboration existe également
avec l’Exécution des peines, ce
qui permet à certains usagers de bénéficier de la possibilité de transformer
des peines de prison ferme en travail d’intérêt général dans le cadre du
13Ouvert. Seule
ombre au tableau : les collaborations sont limitées lorsque nous sommes
confrontés à des personnes qui cherchent un hébergement d’urgence. Depuis
de nombreuses années, le constat est le même : il
n’existe pas, à Neuchâtel, de structure d’accueil de type « sleep-in ». Quels
sont les projets à développer et à concrétiser en 2004 ? Ø
une ouverture sur 5 jours Ø
un élargissement de l’offre des ateliers Nous observons que les demandes liées au pôle occupationnel sont en nette augmentation, raison pour laquelle nous envisageons de créer des ateliers d’occupation mais également d’animation durant les après-midi. Nous remercions sincèrement la Dîme de l’alcool qui, grâce à son importante contribution financière qui nous garantit un poste supplémentaire pour une année, nous permettra de commencer à réaliser ce projet. En
conclusion, quels sont les principaux bénéfices d’une antenne de proximité
comme le 13 Ouvert ? Ø
Une amélioration de l’état social et sanitaire des
personnes toxico-dépendante Ø
Une facilité de l’accès aux thérapies visant à amener
progressivement à l’abstinence Ø
Une baisse de la criminalité Ø
Une diminution des cas d’overdose Ø
Une diminution considérable des coûts sociaux engendrés par
cette population. Est-ce
que le coût de l’infrastructure n’est pas trop important ? Mais pour
« bien fonctionner », notamment pour pouvoir ouvrir tous les jours
de la semaine et développer le pôle occupationnel, il est primordial et urgent
de pouvoir s’appuyer sur une équipe plus nombreuse. Augmenter le
personnel du 13Ouvert c’est: Ø augmenter quelque peu les coûts de l’infrastructure du 13Ouvert Ø diminuer drastiquement les coûts de la toxicomanie et de ses corollaires.
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