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Consultations pour parents 2004

 

Nous aimerions cette année apporter un éclairage particulier sur les consultations de parents d’adolescents, en évoquant quelques aspects du contexte dans lequel s’inscrivent les relations entre parents et adolescents aujourd’hui et quelques difficultés nouvelles que rencontrent les parents, quand leurs enfants, poussés par la puberté, s’engagent dans la construction d’une identité adulte.

Ce regard plus théorique s’inspire largement des apports sur l’adolescence du psychanalyste, le Professeur Ph. Jeammet.

 

Un contexte sociologique nouveau …

Il nous semble important tout d’abord de relever que les relations entre parents et adolescents s’inscrivent dans un contexte sociologique plus large.

Or, ce contexte a considérablement changé dans les dernières décennies : nous sommes passés d’une société où la norme était la discipline et la culpabilité à une société encourageant la responsabilité et l’initiative.

Ce changement sociologique, qui offre des possibilités de réalisation individuelle inconnues jusque là, se caractérise par un affaiblissement des interdits, un affaiblissement des limites au profit des exigences (narcissiques) : « Tu peux faire ce que tu veux, mais sois le meilleur ! »

 

… et ses implications sur les liens "parents-enfants" :

Ce contexte a des répercussions sur les relations parents-adolescents : les parents, ne pouvant plus s’appuyer sur des « mêmes règles pour tous », se retrouvent davantage seuls face à leurs enfants (solitude fréquemment évoquée en consultation…) ; et, à l’intérieur des familles, on assiste à un renforcement des liens de proximité entre parents et enfants, qui ont davantage besoin les uns des autres.

Le climat plus chaleureux qui en découle est enrichissant, mais il peut aussi entraîner certains risques, quand parents et enfants ont trop besoin les uns des autres, comme dans un jeu de miroirs réfléchissants.

Ces liens trop étroits seront source de difficultés à l’heure où les adolescents et leurs parents doivent arriver à se séparer. Ces liens trop étroits peuvent même, à l’occasion, se révéler de véritables impasses, d’où surgiront les pathologies dites de « l’agir » (troubles du comportement / troubles du comportement alimentaire (boulimie/anorexie) / addictions).

 

Les liens  "parents-enfants" à l'adolescence … quelques difficultés :

L’adolescence est un moment de réorganisation intense où le jeune qui y est engagé doit réajuster toutes ses relations : ses relations à son corps, ses relations à sa propre personne, ses relations à autrui.

Ce processus, interne avant tout, ébranle toute la personne et doit être contenu et mené par l’adolescent lui-même, certes ;

mais, du fait de la fragilité et de l’immaturité propres à cette période, il ne peut le faire, très souvent, que grâce à l’aide bien réelle de son environnement.

Les adultes, les parents plus particulièrement, peuvent y jouer un rôle facilitant ou au contraire entravant ce processus.

Du fait de l’acquisition d’un corps adulte par les adolescents, surgit à ce moment-là, à l’intérieur de la famille, la nécessité que parents et adolescents se positionnent différemment les uns par rapport aux autres.

Le resserrement des liens excessif peut alors entraîner différents problèmes.

Nous en citerons ici quelques-uns, que nous rencontrons en consultation :

Des parents peuvent avoir besoin d’être de « trop bons » parents : ils ne peuvent supporter d’être en désaccord avec leurs adolescents ; ils doivent être compris et approuvés en tout par eux. Il est alors difficile pour ces parents de poser des limites, de peur d’être « mal vécus » … ou bien, s’ils en posent, c’est toujours après de longues négociations, et après avoir obtenu la compréhension ou l’approbation des adolescents (comme si ces derniers pouvaient, en ce qui concerne la vie, être à la fois « maîtres et apprentis ! ». Or, les règles posées par les adultes sont importantes pour l’adolescent qui, en s’y confrontant, peut extérioriser une violence interne qui est alors contenue.

Ne pas pouvoir s’appuyer sur (contre) ces limites poussera l’adolescent à les rechercher par de l’agressivité, des provocations, d’autres comportements déviants…

Trop de proximité entre parents et adolescents peut entraîner des relations qui sont ressenties comme trop « excitantes » par l’adolescent.

Cela peut être le vécu d’un adolescent face à une mère qui garde avec lui la même distance relationnelle que lorsqu’il était un plus jeune enfant, qui n’arrive pas à le « lâcher ».

L’agressivité de l’adolescent peut alors surgir pour remettre sa mère à distance dans la réalité, dans l’incapacité où il se trouve d’établir, à ce moment-là, une distanciation plus psychologique à son égard.

Trop de transparence entre parents et adolescents, où l’on se confie jusqu’à sa propre intimité… entraîne un effacement des barrières entre les générations, souvent vécu comme une source d’angoisse par les adolescents qui s’en défendent dans des formes auto- ou hétéroagressives.

 

Le rôle de l'agressivité …

Dans tous ces cas, l’agressivité « sert » à remettre de la distance, à rétablir des limites. (Tout au contraire, la tendresse abolit limites et distance ; c’est peut-être pour cela aussi qu’elle ne peut que très rarement, directement, être exprimée en pleine adolescence).

En ce qui concerne l’agressivité, il est à noter tout d’abord celle que l’adolescent retourne contre lui-même et qui est fréquente (utilisation de stupéfiants « pour se calmer », pour lutter contre les angoisses, la dépression… et autres comportements auto-agressifs pouvant aller jusqu’à la limite extrême de la tentative de suicide…).

Et puis, il y a celle que l’adolescent dirige contre autrui, principalement les parents ou leurs représentants.

Il s’agit le plus souvent de débordements verbaux, de comportements d’opposition systématique, de mise en échec… qui peuvent « user » des parents qui, désemparés, appellent à l’aide.

 

Rester des parents …

La responsabilité des adultes, des parents plus spécifiquement, est engagée dans leur parcours avec les adolescents. Quoi que ces derniers en disent, tant qu’ils ne sont pas à même de prendre soin d’eux-mêmes, d’être à eux-mêmes leurs propres « bons » parents (ce qui signe l’état d’adulte), l’appui des parents, des adultes est nécessaire aux adolescents.

Comprendre les mécanismes à l’œuvre dans le processus de l’adolescence, et comprendre ce qui se joue concrètement pour un adolescent en particulier, pour pouvoir mieux ajuster ses positions et sa fonction parentale, est à même de limiter bon nombre de « dérapages ».

L’adolescent, du fait de sa fragilité, éprouve, tout au long de son processus vers une identité adulte, le besoin de maîtriser, de contrôler ses émois ; tout débordement peut avoir un effet désorganisateur sur sa personne : le débordement de lui-même, le sentiment de pouvoir déborder ses propres parents doivent être évités le plus possible.

Du côté des parents, des débordements continuels de leurs adolescents, des « attaques » systématiques peuvent les amener à douter de leurs capacités, de la nécessité de leur rôle, leur faire perdre leurs repères, les déprimer aussi parfois.

Dans les cas les plus graves, un éloignement de l’adolescent du milieu familial peut s’avérer utile pour rompre un cercle infernal duquel ni parents ni adolescents n’arrivent à sortir.

Dans la majeure partie des cas pourtant, aider les parents à ne pas se laisser abattre, les aider à apporter les modifications relationnelles nécessaires, peut, en apaisant le climat familial, contribuer à relancer un mouvement plus positif.

Et… que les parents restent « vivants ! »… apparaît tout aussi nécessaire pour eux que pour leurs adolescents (qui ne peuvent alors pas voir confirmer, par la réalité, leurs craintes quant à leur « destructivité »).

… Quitte à ce que ces parents doivent s’appuyer, momentanément, sur quelqu’un d’autre pour y arriver.

 

 


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