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 RATEAU 2000 

Le Râteau-Ivre est une structure spécifique du Drop-In de Neuchâtel destinée à accueillir depuis 1989 une population de jeunes entre 12 et 18 ans. 

Il est tenu par des travailleurs sociaux du Drop-In et est ouvert de 15h30 à 18h30 du mardi au vendredi. 

Depuis son ouverture, la “ loi ” appliquée au Râteau-Ivre est : Pas d’alcool, pas de drogue, pas de violence. Elle permet à la population des 12-18 ans, dès le moment des premières sorties, de faire l’apprentissage de la convivialité dans de bonnes conditions. 

 

Cette structure a une vocation principalement de prévention primaire (information) et secondaire (plus spécifiquement destinée aux jeunes “ à risques ”). 

 

La prévention au Râteau  

Cette année l’équipe des travailleurs sociaux du Râteau a été complétée par l’arrivée de deux étudiants universitaires, précieux auxiliaires. Ils travaillent à tour de rôle chaque après-midi avec un professionnel. Leur fonction consiste essentiellement à seconder l’équipe au niveau de la gestion et de l’animation du lieu. Ils partagent la responsabilité du respect des règles et des limites. Ils bénéficient d’une sensibilisation aux notions de promotion de la santé et de prévention primaire et secondaire. Les professionnels restent disponibles afin de leur assurer un soutien et une écoute en cas de besoin. 

Ce nouvel équilibre est précaire. Il est notamment fortement lié aux qualités personnelles de chacun des auxiliaires. La durée de l’activité des étudiants est relativement courte puisque dépendante de leurs plans d’études. 

La constance et la qualité des prestations de prévention primaire et secondaire souffrent de ce système d’intervention extrêmement “ tendu ”.

Le temps de mise au courant et de formation de base d’un auxiliaire ampute d’autant la disponibilité du professionnel pour les adolescents. Durant ces périodes, la “ gestion ” prend le pas sur la prévention. Notons que la manière de procéder avec les stagiaires est plus ou moins identique. Cependant, ces personnes sont souvent “ surnuméraires ” et les “ désagréments ” de la période d’initiation vite compensés par une augmentation du potentiel de présence et d’animation auprès des jeunes.

Il serait temps d’envisager des moyens financiers supplémentaires destinés  au Râteau-Ivre, le budget du Drop-In  ne pouvant “ couvrir ” toutes les activités, nécessaires, qui s’y développent. 

Les tendances notées dans notre rapport de 1999 se confirment cette année encore. Un groupe d’environ 50 personnes viennent chaque semaine, parfois tous les jours. La fréquentation quotidienne moyenne reste stable (25 à 30 personnes). La présence des filles au Râteau augmente considérablement pour atteindre la parité. Le bouche à oreille a rapidement véhiculé les nouvelles offres proposées aux adolescentes : magazines pour adolescentes,  accès à internet, écoute personnalisée et réponses aux préoccupations spécifiques aux jeunes filles.   

La fidélisation de la clientèle a permis d’augmenter les relations de confiance et la qualité des liens entre les adolescents et les adultes. Ainsi des discussions plus personnelles ont vu le jour mettant en évidence un certain nombre de thèmes : relations familiales, échec scolaire, estime de soi, respect de l’autre, violence, relations sexuelles, MST, consommations de produits psychotropes légaux et illégaux, intégration, religion et culture, etc.

D’une manière générale, les échanges se sont enrichis. 

 

Internet 

Ce qui n’était encore qu’un projet en 1999 et devenu réalité en 2000. L’arrivée de l’ordinateur au Râteau-Ivre a considérablement influencé “ l’atmosphère ” du lieu. En effet, le jeune n’est jamais seul derrière son écran. Il est bien sûr  accompagné par un adulte qui l’aide à apprivoiser ce nouveau mode de communication et à gérer au mieux le flux d’informations. Cet accompagnement constant prévient les débordements possibles sur le net.

Ses pairs s’associent généralement à sa démarche ( “ chat ”, choix de musique...) par leurs commentaires et suggestions. 

L’ordinateur avec accès à internet offre aux jeunes la possibilité d’exploiter les potentialités de cet outil en matière de prévention.

Les  “ chat ” (groupes de discussion)  par exemple permettent des discussions autour du respect de soi et d’autrui lorsque les échanges s’avèrent agressifs ou irrespectueux. Elles offrent l’opportunité de développer des dialogues concernant les préoccupations actuelles en matière de sexualité et l’apprentissage d’autoprotection  face à la pédophilie. 

Les “ visites guidées ” sont accompagnées par les travailleurs sociaux et aboutissent à la découverte de sites présélectionnés. Elles favorisent le contact et des discussions plus élaborées. 

Parfois, nous avons pu constater qu’il était plus facile pour l’adolescent, dans un premier temps, de poser une question ou de faire part d’une préoccupation  par l’intermédiaire d’un site, par exemple www.ciao.ch, que de l’aborder directement avec le professionnel. Dans un second temps, le sujet peut être approfondi voire personnalisé.

 

Le site du Râteau 

Durant l’année écoulée, nous avons construit le site du Râteau (http://www.rateau-ivre.ch). Il présente les activités et les spécificités du lieu, propose des liens avec des sites de prévention et des pages de présentations personnelles. 

Nous sommes actuellement au début de la création des “ pages perso ”. Un appareil de photo numérique permet à l’adolescent de choisir l’image de lui qui lui convient le mieux. Cette première étape nous a déjà montré l’importance des mécanismes liés à la construction de l’identité et à la valorisation de l’estime de soi. Lorsqu’un jeune compose une page avec sa photo, ses hobbies, qu’il exprime qui il est, comment il se voit, ou comment il aimerait être, il construit son identité et développe son affirmation de soi. Cette activité créatrice relève bien de la prévention primaire et nécessite un accompagnement professionnel. 

     Projets pour 2001    

La qualité des relations et des liens créés ces dernières années a favorisé la révélation de problématiques personnelles et parfois complexes

Confrontés aux tensions familiales, aux difficultés à se situer dans une famille recomposée, aux échecs scolaires, aux problèmes d’intégration sociale, à une maladie physique chronique, à une fragilité psychique, à des problèmes de séparation, de deuil, certains adolescents “ disjonctent ” et adoptent des attitudes tantôt agressives, provocatrices, de repli sur soi ou d’auto-dépréciation , entre autre. 

A partir de ces manifestations, les professionnels du Râteau vont s’approcher du jeune, entrer en contact avec lui, lui signifier qu’ils ont remarqué des comportements, attitudes particuliers.

Ils proposeront à l’adolescent une écoute active et lui feront part de leur disponibilité et de leur attention particulière à son égard. 

Très souvent cette première démarche débouche sur un complément d’investigation fait en accord avec le jeune. Ce dépistage - dégrossisage de situation - permet pour les situations les plus légères d’étaler la crise et pour celles plus complexes de ... mettre les travailleurs sociaux face à un dilemme !

 

Faut-il établir un suivi individuel, personnalisé, structuré, régulier ?

 

Se pose alors la question  du contact avec les parents. 

 

Dans quel but les rencontrer ? Pour une simple information concernant notre action ou pour une participation plus active à la démarche d’accompagnement accomplie envers leur enfant ?

Nous mettons-nous en relation avec d’autres membres du réseau ( médecins, Office des mineurs et des tutelles, écoles, Orosp, AEMO, psychiatre, etc...) ? 

Pour trouver des réponses  à ces questions nous menons deux réflexions : 

n   Premièrement, nous prenons des options personnalisées en fonction de chaque situation et de nos moyens.

n   Deuxièmement, nous nous interrogeons sur l’élaboration d’une manière de faire plus générale.

 

Proposerons-nous bientôt systématiquement certaines prestations ? Médiatiserons-nous notre  nouvelle offre ? etc...

 

Les deux démarches nécessitent du temps pour l’analyse de la situation et évidemment pour agir en concertation avec l’adolescent. C’est là un moment charnière de l’accompagnement. Il faut laisser le temps au jeune d’apprivoiser l’idée d’un soutien  et de formuler une demande en son nom propre. Ce processus de maturation dure un peu mais s’avère indispensable pour la suite. Il est la condition sine qua non d’un travail comprenant coopération, synergie et interactivité.  

Dans les cas extrêmes, relevant de la protection de la jeunesse, un signalement peut être fait sans l’accord du jeune. 

L’établissement d’un réseau efficace, ne laissant pas trop de place à la manipulation, ne se fait pas forcément très rapidement. 

Nous devons aussi tenir compte que le Râteau est un espace appartenant aux jeunes.

L’adolescent peut s’y présenter sous le jour qui lui convient, il peut choisir de ne faire part que d’une partie de sa réalité et ne donner qu’un éclairage partiel de sa situation.

L’amener à être d’accord de se révéler davantage peut ralentir la démarche de soutien.

Notre objectif consiste à agir dans la transparence et la cohérence avec le jeune et son contexte au sens large.

Ce travail  de prévention secondaire, parfois à la limite du tertiaire, intéresse vivement le Drop-In  et en particulier l’équipe du Râteau.

 

Nous nous questionnons  quant à notre rôle dans le dispositif actuel d’appui.

 

Avons-nous les compétences requises ?

 

En ce qui concerne le dépistage, l’analyse fine des situations et l’ébauche d’un “ diagnostic ”, nous pouvons répondre par l’affirmative.

La pluridisciplinarité , l’expérience des professionnels du Râteau associées à la supervision médico-psychologique des situations par le médecin du Drop-In et les supervisions individuelles des travailleurs sociaux, garantissent  des prestations de qualité. 

Par contre, nous n’avons pas la compétence d’une offre systématisée par manque de disponibilité ( une fois de plus la question des moyens budgétaires supplémentaires se pose !). 

C’est dommage, car nous sommes convaincus que ce type d’accompagnement est particulièrement adapté à la population fréquentant le Râteau . Cette dernière échappe  à beaucoup des organismes pour lesquels  l’accès est plus “ structuré ”.

 

Autre offre en gestation : l’aide aux devoirs . 

Cette activité nous semble particulièrement adéquate afin de permettre à l’adolescent en difficulté scolaire de reprendre confiance en soi et de se “ redécouvrir ” certaines compétences. Ainsi, il pourra souvent éviter un échec scolaire aux conséquences négatives pour l’estime de soi et l’avenir professionnel. 

Lorsque l’éventualité d’une prestation  systématisée pour l’aide aux devoirs est évoquée, quelques écueils apparaissent rapidement.

Nous avons observé qu’en cas de demande , la motivation du jeune doit être entretenue en permanence.

Trouver des personnes motivées à s’occuper de cette population un peu particulière et personnellement favorables au bénévolat risque de ne pas être aisé !

Si la part de transmission des connaissances est très importante, la part dévolue à la qualité de l’accrochage relationnel l’est tout autant.

Sans ce passage obligé, la démarche s’avérerait vite stérile. 

Actuellement, l’aide aux devoirs  proposée ponctuellement est vécue par les adolescents comme un moyen d’être plus en contact et en lien avec les professionnels. C’est une façon de se garantir un attention particulière.

Cette réflexion actuelle ne peut pas vraiment déboucher sur la  création d’une prestation offerte de manière systématique.

Nous oeuvrons au coup par coup ce qui n’est ni suffisant ni satisfaisant et nourrit certains regrets.

 

Plus de moyens pour la promotion de la santé et la prévention est désormais notre leitmotiv !

 

La perspective de la dépénalisation du cannabis et les résultats d’études sur les us et coutumes des adolescents mettent en évidence tant la nécessité d’une démarche cohérente, transparente, systémique que l’utilité de moyens  et de  prestations conséquents. 

La Politique de Santé et d’Appui à la Jeunesse (PSAJ) en cours d’élaboration  par l’Etat de Neuchâtel permettra-t-elle de dégager quelques moyens pour un appui (prévention secondaire)

efficace envers la population des jeunes dans un contexte autre que scolaire ?

Nous pouvons l’espérer puisque cette PSAJ devrait  s’adresser à la population des 0 - 18 ans et dans quelque contexte qu’ils se trouvent.

Dès que cette politique aura été adoptée et que son règlement d’application  sera connu, nous pourrons nous situer et adresser des demandes plus ciblées.

 

Cela nous changera de la sempiternelle formulation de voeux pieux et de déclarations d’intentions  pour le plus grand bien de notre population adolescente, en particulier de ceux qui ont besoin qu’on s’en occupe.


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