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LA SCENE 2000

 

Les amphétamines thaïes

 

Ces dernières années, le marché des produits a été marqué par l’explosion de l’offre et de la consommation de substances stimulantes et euphorisantes. Nos précédents rapports ont notamment insisté sur la prolifération de la cocaïne et des dangers que sa consommation induit. Aujourd’hui, force nous est de constater que la cocaïne ne détient plus le monopole des produits euphorisants, dangereux et prisés par bon nombre de personnes toxicomanes. Ces deux dernières années, en effet, l’amphétamine dite “ thaïe ” a opéré une percée inquiétante sur le marché de la drogue. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, la consommation d’amphétamine thaïe n’est pas uniquement l’apanage des noctambules fréquentant les soirées  “ raves ”. Cet excitant s’est également propagé dans la rue et semble séduire une population parfois très jeune et naïve quant à la dangerosité du produit. 

Apparemment inoffensives, ces pilules plus petites et moins coûteuses que l’ecstasy (MDMA) avec lequel elles ont d’abord été comparées, sont en fait beaucoup plus dangereuses et provoquent une accoutumance très importante. Certains spécialistes - dont les chercheurs de l’Office fédéral de la police - pensent même que sa nocivité rejoint celle du crack (cristaux de cocaïne). 

Les “ thaïes ” contiennent de la métamphétamine qui est une substance dont la propriété à court terme est de conférer au consommateur un sentiment d’euphorie pendant plusieurs heures. Cette sensation est accompagnée d’une inflation démesurée de la confiance en soi et éventuellement d’hallucinations. A court terme toujours, le revers de la médaille est que ce psychotrope puissant favorise des accès de violence aussi subits qu’imprévisibles. Selon l’expression consacrée dans la zone, ce produit peut littéralement faire “ péter les plombs ”. A long terme, les effets des “ thaïes ” sont également préoccupants : dégâts pulmonaires et rénaux, appétit coupé, troubles du sommeil, troubles de la mémoire, troubles psychiques graves et dépressions, voire de réelles lésions cérébrales après des consommations massives et prolongées. 

Parmi nos patients, plusieurs sont ceux dont une consommation importante de métamphétamines a déstabilisé un équilibre déjà précaire. Cette situation n’est pas sans rappeler nos observations des années précédentes concernant la cocaïne. 

Fait nouveau, quelques personnes dont la problématique addictive concerne presque exclusivement une forte dépendance aux amphétamines thaïes sont entrées en traitement dans notre institution dans le courant de l’année 2000. D’une manière générale, ces personnes semblent mieux insérées socialement - par rapport aux héroïnomanes par exemple - et conservent une certaine lucidité par rapport aux conséquences de l’utilisation de tels produits. Nous observons que dans la plupart des cas, nous sommes amenés à traiter des troubles dépressifs préexistants mais notablement aggravés par une consommation massive d’amphétamines thaïes. Notre postulat selon lequel toute addiction est en fait une "auto-médication" de troubles sous-jacents se vérifie également auprès des consommateurs de métamphétamines.

 

Cannabis : quelques implications psychosociales

 

Un autre phénomène relatif aux produits tend à retenir notre attention : l’usage extrêmement massif et compulsif de cannabis. Certes, il ne s’agit pas là d’un scoop. Toutefois, il est notable de remarquer que la consommation de ce produit de plus en plus banalisé concerne la quasi intégralité des patients suivis dans notre institution. Certains d’entre eux parviennent à gérer leur consommation et peuvent être considérés comme des fumeurs “ récréatifs ” (à l’instar d’une frange de plus en plus importante de la population de notre pays). Pour d’autres, par contre, le cannabis pose bon nombre de problèmes qu’il serait inadéquat de ne pas relever. 

Car la dépendance au cannabis n’a rien d’un mythe inventé par les tenants d’une morale conservatrice. Nous l’avons déjà mentionné ces dernières années, il existe de sévères toxicomanies au haschich. Souvent la motivation de diminuer cette consommation est moindre, tant la personne en traitement est centrée sur une volonté d’abstinence de produits comme l’héroïne ou la cocaïne. De plus l’idée d’abandonner certaines vertus du cannabis est pour beaucoup non envisageable - notamment le fait que chez certains consommateurs, il calme rapidement l’angoisse ou le stress et qu’il favorise les échanges sociaux et les contacts. 

Pourtant, si l’on ne meurt pas du cannabis, on sait que celui-ci, à hautes doses, peut avoir un effet néfaste sur l’attention, la concentration, ou encore la capacité de mémoriser. La “ bonne qualité ” (forte teneur en THC) du cannabis actuellement sur le marché favorise l’établissement d’une dépendance importante et d’une consommation qui peut devenir compulsive. Souvent, force nous est de constater qu’il n’existe que peu de leviers thérapeutiques pour aborder cette problématique tant la consommation est banalisée. 

Pour certains patients (ou certaines personnes rencontrées dans le cadre de l’antenne de proximité) présentant également des troubles relevant de la psychiatrie, le cannabis est fréquemment utilisé comme “ anxiolytique ”. On s’en doute, cette "auto-médication", même si elle “ fonctionne ” pendant quelques temps, peut paradoxalement favoriser la révélation d’états confusionnels qu’il est difficile de diagnostiquer et de traiter tant le cannabis fait partie intégrante de leur mode de vie et de leur identité. 

Socialement, un double problème se pose. Premièrement, cette consommation est chère. Il n’est pas rare d’entendre que certains patients retiennent un tiers voire même la moitié de leur maigre budget à l’achat de ce produit. Difficile, dans ces conditions, de consacrer son argent à des activités plus constructives et socialement renforcées. Un autre point est celui du trafic auquel quelques-uns se livrent - notamment pour subvenir à leur propre consommation.


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