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LA SCENE 2001

 

L’avènement de l’amphétamine thaïe

Nous l’avons mentionné dans notre précédent rapport, l’année dernière a notamment été marquée par l’arrivée en traitement de personnes dont une consommation abusive d’amphétamines dites thaïes posait divers problèmes à différents niveaux - décompensation sur un mode dépressif, passages à l’acte violents ou démêlés avec la justice. Cette tendance s’est confirmée cette année malgré, semble-t-il, une diminution quant à l’approvisionnement et le prix plus coûteux de ce produit euphorisant.    

La résurgence de la cocaïne 

Les cinq ou six dernières années 2001 ont coïncidé avec l’augmentation de la consommation massive et compulsive de cocaïne. Bien que les précédents rapport font la part bel à ce phénomène préoccupant, l’actualité de la scène nous incite à y revenir brièvement. Après quelques mois d’une relative accalmie, nous notons une résurgence de la cocaïne dans la zone.  

Le H.I.V. à nouveau en hausse ! 

La résurgence de la cocaïne est d’autant plus inquiétante que le mode de consommation compulsive par voix intraveineuse - jusqu'à vingt injections quotidiennes par jour ! -, selon de nombreux spécialistes, n’est pas étrangère à l’augmentation des cas décelés de contamination au H.I.V.. La fréquence des consommations, l’état d’euphorie et de toute-puissance qu’induit ce produit et, partant, le manque d’hygiène d’injection favorisent également la transmission du virus de l’hépatite C.  

Autres problématiques : péjoration de la situation sociale, délits et décompensations. 

Sur les plans social et juridique, il est à signaler que la quantité consommée et le prix toujours élevé de la cocaïne tend à péjorer des situations déjà précaires que vivent certains de nos patients. Par ailleurs de nombreux délits - violences, cambriolages, vols à l’étalage, trafic, etc. - sont très fréquemment intimement liés au cercle vicieux de la cocaïne. Enfin, il est à rappeler que ce produit stimulant hautement toxique favorise les décompensations psychiatriques. Trop souvent, une stabilité acquise de haute lutte par nos patients tend à s’étioler au terme de phases de consommation compulsive de ce produit.   

Et l’héroïne ? 

A notre avis, la résurgence de la cocaïne n’est pas étrangère à deux phénomènes liés à l’offre de l’héroïne sur le marché de la drogue.  

Qualité en baisse

Le premier est, d’après de nombreux témoignages, la baisse de la « qualité » de l’héroïne dont les doses vendues en contiennent proportionnellement très peu. Autrement dit, les produits de coupe, souvent extrêmement nuisibles par ailleurs, représentent la quasi intégralité du « paquet ». On peut penser que la déception relative à l’effet presque nul ressenti lors de consommations d’héroïne a incité plusieurs personnes toxico-dépendantes à se rabattre sur d’autres substances psychoactives comme la cocaïne, l’amphétamine thaïe ou encore certains médicaments (benzodiazépines notamment) vendus au marché noir.  

Toutefois, il s’agit d’être prudent et de relativiser quelque peu les témoignages selon lesquels l’héroïne actuelle « produit moins d’effet ». S’il paraît vraisemblable, pour des raisons économiques évidentes, que l’héroïne soit de plus en plus coupée, il faut relever que l’une des propriétés de la méthadone est d’atténuer les effets psycholeptiques des produits à base d’opiacés. De plus le souvenir des premiers « flashs » demeure tellement prégnant que le sentiment de jouissance intense ressenti lors de consommations ultérieures - et qui plus est lorsque l’organisme est « couvert » par la substitution à la méthadone - paraît presque fade.  

Diminution de l’offre 

Le second phénomène consiste en la diminution de l’offre de l’héroïne durant certaines périodes. Les difficultés logistiques liées à l’approvisionnement et, bien entendu, le travail de répression de la police sont probablement à l’origine de ce phénomène. Des épisodes de « guerre des clans » mafieux luttant pour le contrôle du marché de la drogue en rendent également compte. A nouveau, la difficulté de trouver de l’héroïne dans la rue favorise l’éclosion d’autres marchés.   

Cannabis : dépenalisation et banalisation 

Si les débats actuels relatifs à la dépenalisation nous réjouissent, nous avions, l’année passée, émis quelques réserves. Pour bon nombre des personnes que nous suivons, le pas entre dépenalisation et banalisation est rapidement franchi ! 

Car le cannabis, malgré la propagation de certains mythes relatifs à son caractère inoffensif, n’est pas sans danger, notamment pour les personnalités fragiles de type borderline ou psychotique ainsi que pour certains adolescents vivant une situation de crise. L’automédication au cannabis est un phénomène courant auquel nous sommes confrontés quotidiennement. Il est à soulever que notre pratique d’information et de prévention concernant ce produit tend à être rendue plus ardue par une tendance accrue à la banalisation.  

 

 


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