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LA SCENE 2003 Que
ce soit dans notre pratique ou dans notre quotidien privé, de nombreuses
questions nous sont posées par rapport aux différents produits consommés par
les personnes toxico-dépendantes. Sans viser à l’exhaustivité, nous avons
tenu à identifier certaines des questions les plus fréquemment posées et à y
répondre. Que
consomment aujourd’hui les personnes toxico-dépendantes ? La
majorité des consommateurs de produits stupéfiants sont aujourd’hui polytoxicomanes.
En effet, il devient de plus en plus rare de rencontrer un consommateur ne présentant
une dépendance qu'à une seule substance. S’il est vrai que la plupart des
personnes suivies dans notre institution sont dépendantes à l’héroïne,
ils abusent également d’autres produits aussi divers que la cocaïne,
les « designer ou club drugs », certains médicaments
psychotropes (Rohypnol ou tous types de benzodiazépines, à courte durée
d'action) achetés au marché noir, mais également du cannabis et de l’alcool. Y
a-t-il de « nouvelles drogues » en vogue ? Ainsi
que nous le mentionnons dans nos précédents rapports d’activité, les
« designer drugs » ou « club drugs »
demeurent des produits très à la mode, notamment (mais pas exclusivement) dans
les milieux techno. Les « designer drugs » constituent des produits
stupéfiants créés par des chimistes "sur une planche à dessin". Si
certains de ces produits étaient initialement destinés à un usage médical,
leur « recette », leur production et leur écoulement ont été
repris par des fabricants clandestins. Parmi ces produits, citons l’ecstasy
(MDMA) et ses dérivés, les pilules dites thaïes (la méta-amphétamine)
ou le PMA (ou « Death »). Si
la cocaïne n’est pas en soi une « nouvelle drogue », certains
modes de consommation peuvent être considérés comme relativement récents
(l’injection ou la consommation « en base » : le crack). Les
demandes de soins de personnes dépendantes à ces substances sont en nette
augmentation, particulièrement ces dernières années. Quels
sont les effets de ces produits ? Ces substances sont de puissants stimulants. En ce qui concerne l’ecstasy, les effets les plus fréquemment recherchés sont l’empathie, la facilitation du contact, l’acceptation de soi et des autres, l’absence de défensivité ainsi qu’un sentiment de paix. Quant aux amphétamines thaïes, l’effet stimulant ainsi que l’accroissement de la confiance en soi qui lui est lié sont encore plus puissants. Par contre, « l’effet empathique » est inexistant.
Quels
sont les risques majeurs pour celui qui consomme ? Les
risques concernent à la fois le somatique et le psychique. Sur le plan
somatique, citons les nausées, l’épuisement, les arythmies cardiaques,
les hyperthermies ou encore l’AVC (accident vasculaire cérébral). Sur le
plan psychique, notons les troubles dépressifs, les troubles du
sommeil, les réactions agressives, les confusions mentales, les hallucinations,
voire même l’apparition de troubles psychotiques aigus chez des personnes présentant
déjà une vulnérabilité. Ajoutons qu’une consommation massive d’amphétamines
thaïes peut provoquer des lésions cérébrales par rupture des neurofibrilles
neuronales. Le consommateur peut présenter des symptômes similaires à ceux
d’une commotion cérébrale ! Et
après une phase de consommation ? Les
symptômes de « descente » sont également spectaculaires et
peuvent durer plusieurs jours. Ils se manifestent par une sorte de faux état
grippal, une absence complète d’élan vital et des idées noires
(durant ces phases, chez des personnalités fragiles, le risque suicidaire
augmente notablement). Ce
double phénomène de phases de consommation compulsive suivies de « descentes »
pose d’autres problèmes : Ø
celui
d’un risque majeur de désertion socio-professionnelle Ø
celui
de la compliance et de la régularité du suivi médical et psycho-social Ø
lors
de consommation de manière compulsive et par voie intraveineuse, tous les
messages de prévention sont oubliés, d’où les risques majeurs de séropositivations
au HIV ou aux hépatites ! Quelles
sont les drogues les plus dangereuses ? Il
n’entre bien entendu pas dans notre propos d’établir un classement de la
dangerosité ou de la toxicité des différents produits inondant le marché.
Contrairement à la plupart des idées reçues, l’héroïne, malgré le fait
qu’elle est mortelle en surdose et que son pouvoir addictogène est extrêmement
puissant, ne mérite pas forcément de figurer en tête de liste, cela pour
plusieurs raisons : Ø
Premièrement
parce que l’héroïne ne constitue pas à proprement parler un « corps
étranger » à l’organisme qui produit naturellement des opiacés (les
endorphines) ; de plus, l’héroïne est pharmacologiquement moins toxique
que l’alcool ! Ø
Deuxièmement,
il semble que les complications psychiatriques liées aux opiacés soient
moindres et moins fréquentes que celles dues à des stimulants tels que la cocaïne
ou les amphétamines thaïes par exemple. Ø
Troisièmement,
en ce qui concerne les traitements, il existe des produits de substitution
efficaces à l’héroïne, ce qui n’est pas le cas pour les autres substances
citées. Rappelons
que la toxicodépendance ne se définit pas par le produit mais par la
personnalité de celui qui le consomme. Toutefois, aussi bien la cocaïne que les nouvelles
drogues impliquent une réflexion permanente relative à l’établissement de
traitements adéquats et sont les défis thérapeutiques de demain. |
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