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PREVENTION PRIMAIRE SUR LE TERRAIN EN 2003 Ce
chapitre consacré à la prévention primaire est divisé en deux sous-chapitres :
-
le premier concerne les activités sur le terrain et les réflexions
y relatives qui ont été menées par l’équipe de ce secteur -
l’idée du second sous-chapitre est de reprendre certaines des
questions les plus souvent posées par rapport au cannabis, à sa
consommation et à son éventuelle dépénalisation ; le thème de
l’interdit social est à nouveau abordé
Activités et réflexions
Qu’est-ce
que la « prévention primaire » ? En matière de toxico-dépendance, peut-on parler
d’information ? Dans le contexte de votre travail, qui peut bénéficier de ces
informations ? Autrement dit, "prévention
primaire" pour qui ? Ø
Aux adultes :
des parents, des professionnels de l’enseignement, de l’éducation, de la
santé et tout autre organisme ou institution intéressés. Ø
Aux adolescents :
tous ceux qui le demandent ; la demande concerne souvent la préparation
d’un exposé présenté à l’école. Ø
A tout groupe de jeunes, en
particulier dans le contexte des « Journées Santé » organisées
par le GIS (Groupe d’Information Sexuelle et Education à la Santé). Le thème de la dépénalisation du cannabis est souvent abordé. Une mauvaise interprétation de l'éventuelle future loi est très fréquente. La notion de l’interdiction de la consommation pour les mineurs est occultée (cf. f.a.q. à ce propos, sous-chapitre suivant). Y a-t-il des demandes formulées par des établissements
scolaires ? S’agit-il toujours de conférences ou de travaux
en groupe ? Quels sont les objectifs de ces entretiens
individuels ? Il
est important de tenir compte du ressenti subjectif du jeune avant d'entamer
avec lui une réflexion sur la
consommation de produits psychotropes légaux et illégaux. L'apport
d'informations objectives au sujet des
produits et des conséquences de leur consommation, les notions de dépendance
physique et psychique, la définition d'une consommation
récréative ou abusive et les facteurs qui pourraient entraîner le passage
d'un type de consommation à l'autre sont des sujets de discussion
incontournables. Un
temps important est utilisé pour identifier les ressources que chacun
possède et pour envisager celles qui pourraient être développées. Au
cours des deux entretiens que requiert cet « examen » de la
situation, le professionnel du Drop-In essaie de créer un lien suffisamment bon avec l’adolescent pour que
celui-ci se sente libre de parler et éventuellement de recontacter
l’intervenant si le besoin s'en fait sentir. Les collaborateurs du Drop-In évaluent à l'issue des deux rencontres si l’ élève est « en danger ». A celui-ci, ils proposent des pistes susceptibles de favoriser l'amélioration de sa situation. Parmi ces pistes figurent par exemple la possibilité de rencontrer les parents, la mise en place d’un accompagnement pour le jeune, l’orientation de celui-ci vers un autre service spécialisé ou un soutien plus léger via le Râteau. (Actuellement, les professionnels de la prévention réfléchissent à un concept de prévention primo-secondaire qui permettrait de développer une ligne de prise en charge qui irait de l’évaluation-diagnostic d’une situation à l’organisation et à la mise en pratique des mesures nécessaires. Ce projet devrait être à la disposition de plusieurs demandeurs ( autorités pénales, autorités scolaires, parents, jeunes) et favoriser la transparence et la cohérence des soutiens ou prises en charge. La réflexion est déjà bien avancée avec certains présidents des Autorités tutélaires des différents districts du canton). Et
les enseignants, sont-ils demandeurs d’informations ?
Pour
satisfaire à cette demande, les professionnels du Drop-In se sont déplacés
pour une fin de matinée et un après-midi à CESCOLE. La matinée a été consacrée à une conférence donnée par le médecin-directeur de l’institution. L’après-midi,
la moitié des enseignants s’est inscrite pour participer à un atelier. Ils
ont été répartis en trois groupes. Leur travail a consisté à réfléchir à
leurs représentations des différentes consommations de produits psychotropes légaux
et illégaux et à imaginer comment
se situer personnellement et agir dans leur classe. Tous ont souhaité que cette journée ait une suite. La direction, le médecin scolaire et une médiatrice ont repris contact avec le Drop-In afin que nous puissions définir nos collaborations futures. (Pour l’instant, quelques élèves ont déjà été vus par les collaborateurs du Drop-In suite à un signalement de la médiatrice de CESCOLE. Le type de collaboration envisagé avec les enseignants de CESCOLE semble s’orienter vers des prestations permettant le développement d’un climat favorable à la promotion de la qualité de vie dans les classes. Des appuis (prévention secondaire) visant à soutenir les relais de prévention que sont les enseignants seront aussi mis en place.) Les
médias locaux ont passablement couvert les efforts entrepris par la direction
du CPLN en matière d’information et de prévention. Quel a été votre rôle ? Les responsables du CPLN ont alors souhaité mettre sur pied une campagne d’information et de prévention destinée à trois publics : les parents, les professeurs et les élèves. (Dans un premier temps, une conférence du médecin-directeur du Drop-In et du chef de la sûreté de la police cantonale a été organisée pour les parents et les professeurs. Dans un deuxième temps, le chef de la brigade des stupéfiants a tenu une conférence à l’ensemble des élèves. Dans un dernier temps, les apprentis ont participé à des ateliers animés par l’équipe de prévention du Drop-In). L’équipe
de prévention primaire du Drop-in a été mise à contribution pour animer des
ateliers destinés aux élèves. En 2003, la direction du CPLN a souhaité étendre son initiative à tous les élèves de 1ère année. Les jeunes de toutes les écoles ont ainsi bénéficié d’une séance d’information animée par l’un ou l’autre des professionnels du Drop-In. En
quoi consistent ces ateliers ? Lors
de ces interventions au CPLN auprès d’élèves d’une moyenne d’âge de 17
ans, il a été très intéressant de noter qu’un pourcentage important des
apprentis est passé par un stade d’expérimentation. Pour plusieurs d’entre
eux, la consommation expérimentale est devenue régulière, voire massive.
Beaucoup
de ces apprentis
disent être revenus à l’abstinence ou à une consommation récréative
occasionnelle. Ce constat concorde avec des études qui s’accordent sur
une durée moyenne d’une année pour ce type de consommations massives. Ces modifications de l’usage sont principalement motivées par de « mauvais trip », des troubles de la mémoire et de la concentration et des effets jugés néfastes dans le domaine de la vie scolaire sociale et affective. Quelle est, à votre avis, la
portée de vos interventions ? Ce
débat
sur le sujet aura permi d’amorcer l’intégration du concept de
l’interdit social. La
direction du CPLN a inscrit, en décembre 2001, un interdit dans le règlement
interne du centre : la consommation de cannabis est interdite (au même
titre que celle d’alcool) dans le cadre de l’établissement et de ses
alentours. Cet exemple d'interdit social, porté par tous les adultes de l’école,
peut s’avérer plus efficace qu’un interdit pénal. Une
écoute et un dialogue sont assurés aux "transgresseurs". Le contexte
et les causes des consommations seront prioritairement examinés. Dans ce cadre,
des collaborations avec le Drop-In peuvent
se développer. Il est encourageant de remarquer que cette décision de la direction du CPLN s’inscrit dans une politique de prévention et de promotion de la santé à long terme. Qu’en
est-il des informations données aux professionnels de la santé ou de l’éducation ? Ce
programme consiste à mettre en contact des organismes de prévention et des
institutions spécialisées pour enfants et adolescents. L’objectif est de créer
des liens et d’optimiser les démarches préventives des uns et des autres. Le Drop-In
participe aux rencontres organisées par des institutions provenant des cantons
de Berne francophone, du Jura et de Neuchâtel (BE-JU-NE). Il
existe aussi un volet romand de Fil
rouge. Dans ce cadre, les deux colloques annuels qui sont organisés mettent en contact professionnels travaillant en institution et professionnels de la prévention. Ces rencontres thématiques sont d’intéressantes occasions de connaître les problématiques existant dans les institutions romandes spécialisées et de prendre le "pouls" des ambiances qui y règnent, notamment par rapport aux consommations de drogues légales et illégales. Vous
avez parlé plus haut des « Journées Santé ». De quoi s’agit-il ? En
2003, nous avons participé à 16 « Journées Santé ». Les
travailleurs sociaux du Râteau-Ivre animent à tour de rôle un atelier. Les thèmes
de la vie sociale, des consommations de produits psychotropes légaux et illégaux,
de la dépendance, de la déprime et du « mal-être », des relations
avec les proches, des ressources personnelles, du bien-être, des plaisirs de la
vie, de la dépénalisation du cannabis, etc... ont été développés. Nous avons également répondu aux demandes des centres scolaires du Bas-Lac et des Deux- Thielles et rencontré quatre groupes d’élèves pour une prestation presque similaire à celle développée pour le GISS. Le travail de prévention
est-il coordonné en Suisse romande ? Les
cinq journées annuelles permettent aux intervenants romands de se rencontrer,
de se connaître et d’échanger sur leur pratique. En 2003, le groupe a élaboré un document de référence expliquant les liens entre promotion de la santé et prévention. Ce document de travail consensuel est essentiel pour l’évolution du travail du groupe. Il permettra aussi de diffuser à un large public (autorités diverses, politiques, etc…) des notions de promotion de la santé et de prévention. En résumé, qui a bénéficié
de vos prestations en terme d’information et de prévention ? En
conclusion ? Nous
notons que cette perspective engendre une banalisation
croissante de la part des jeunes et une confusion dans ce qui est légal ou
non aujourd’hui. Au fur et à mesure que dans les esprits l’interdit légal s’estompe, les dommages liés à la banalisation
se précisent. Cette période « transitoire » est malheureusement insuffisamment utilisée à des fins constructives et réflexives.
Quelles
réponses possibles ? Plus de temps à disposition pour dispenser nos prestations « classiques », les améliorer et concevoir des réponses différenciées s’avère indispensable.
Actuellement,
est-il toujours pénalement interdit de fumer des joints ? La question de la dépénalisation de la consommation est en discussion au niveau politique et débattue aux chambres fédérales depuis quelques années. En septembre 2003, le conseil national a refusé d’entrer en matière et a retourné le dossier au Conseil des Etats qui l’avait préalablement accepté.
Si
la consommation de cannabis est dépénalisée, est-ce que cela signifie que le
cannabis n’est pas dangereux ? Il
est grand temps que le monde des adultes (parents, enseignants, éducateurs,
politiques, etc.) cesse d’évacuer le problème sur le pénal ou sur les spécialistes,
mais qu’il se rende compte qu’il est compétent pour l’affronter et que
cette compétence implique des responsabilités. L'une des principales responsabilité est de parvenir à un consensus social en ce qui concerne la consommation de produits psychotropes, légaux et illégaux, qui prêche la prudence pour tous et l’interdit pour les mineurs ; ceci parce que cette consommation est potentiellement dangereuse pour les plus jeunes et les plus vulnérables. A
partir de quand devient-on dépendant d’une drogue ? Tout
d’abord, la consommation dite récréative (consommation irrégulière,
quasi toujours en groupe, pour le plaisir) : le produit prend peu de place dans
la réalité et dans l’imaginaire. La vie va bien. L’usage
abusif (problématique) : la consommation est plus fréquente et régulière.
La personne commence à fumer seule, a déjà eu des ennuis à cause du produit
(police, justice, école, accident de travail ou de la circulation, etc.). La
vie ne va pas fort : baisse de l’élan vital, chute des résultats
scolaires, risque de repli sur soi et d’isolement. La dépendance : la consommation devient quotidienne, a lieu plusieurs fois par jour. Une grande importance est attribué au produit qui envahit la réalité et l’imaginaire. La personne n'a que peu d’autres intérêts. Une chute des résultats scolaires, voire même une désinsertion socio-professionnelle peuvent survenir. Pour financer cette consommation de plus en plus coûteuse peut s'installer une petite délinquance (trafic, vol). La vie ne va pas du tout : le psychotrope devient une automédication. Est-ce
que le cannabis crée une dépendance ? La dépendance
physique est prouvée scientifiquement mais est somme toute assez peu
constatée dans la réalité. Par contre, la consommation de cannabis peut provoquer une dépendance psychique chez environ la moitié des grands consommateurs. Dans cette situation , il devient difficile, voire insupportable de vivre sans l’effet psychotrope du produit. En effet, celui-ci modifie la perception de la réalité en la rendant souvent plus agréable. Quels
sont les principaux effets du cannabis ?
On
m’a dit que le cannabis peut rendre schizophrène, est-ce vrai ? Il
y a cependant une association entre la consommation de cannabis et la schizophrénie.
L'usage chronique de cannabis semble favoriser l'apparition de la schizophrénie chez des sujets présentant une vulnérabilité à cette maladie. La
consommation de cannabis peut-elle être révélatrice d’une pathologie ? Ils utilisent le produit pour essayer de résoudre leur problème, comme une prise de médicament. C’est une automédication. Dans ce cas, le risque de devenir dépendant est beaucoup plus important (cf. prévention tertiaire).
La
consommation de cannabis est-elle compatible avec les études et
l’apprentissage ? L’usage du cannabis diminue la mémoire à court-terme et la capacité de concentration. Les aptitudes motrices sont également altérées et le temps de réaction augmenté. Dès lors les performances dans les tâches complexes sont diminuées lorsqu’une personne est intoxiquée. J’ai
découvert que mon fils fume du cannabis, que faire ? Il est
alors utile de se poser quelques questions : quel sens donner à
la consommation ? Récréative, problématique, abusive ou dépendance ?
Se rappeler que le problème n’est pas le produit, mais l’état de santé
psychique du jeune. C’est cet état de santé qui peut avoir besoin de soins. En tout cas, ne pas hésiter à aborder le sujet avec lui et consulter un centre de soins si nécessaire (Drop-In, CPTT, CAPTT, médecin traitant, psychologue, etc.).
A
quels signes reconnaît-on qu’un jeune fume du cannabis ? Les signes de mal-être peuvent se traduire dans les résultats scolaires ou dans l’absentéisme. Il
faut se poser la question de savoir s’il va bien, s’il est à
l’aise en société ou s’il est déprimé par exemple. Un adolescent déprimé qui rencontre un produit psychotrope puissant comme le cannabis, un produit qui "change la tête", risque bien de l'utiliser comme "automédication" de son mal-être et d'être ainsi menacé d'une dépendance, d'une addiction au produit. A
partir de quel âge en parler en famille ? C'est dans ce contexte que, comme tous les autres sujets concernant sa santé et son bien-être, le sujet de la "fumette" doit être abordé avec lui, en général autour des 10-12 ans.
Quelles
limites poser s’ils sont déjà consommateurs ? La première chose sera de
parler des risques de la consommation de cannabis à cet âge de l'adolescence où
les vulnérabilités sont exacerbées et de signaler qu'en tant que parents
aimant leurs enfants, on ne peut pas accepter qu'ils en prennent. On n’est certes pas tout puissants et on ne peut ni ne veut les surveiller toute la journée mais on leur interdit clairement la consommation de cannabis ... un interdit parmi d'autres ... une limite parmi d'autres ... à respecter et à faire respecter ! Se
trouve-t-il encore des enfants totalement à l'abri de la tentation, qui
traverseraient toute leur adolescence sans jamais croiser le moindre joint ? « Etre à l'abri » ... c'est aller bien, c'est être bien dans sa peau et dans sa tête, en bénéficiant des effets d'une éducation qui a été adéquate, faite d'amour, d'attention, de limites à respecter et de communication ... Dans ces conditions, le joint peut "être croisé" ... voire même fumé quelques fois, pour expérimenter, pour transgresser, pour le "fun"… en restant "à l'abri" d'une dépendance pathologique, d'une addiction... ! Dépénalisation,
quel sens ? Ne
pas sanctionner pénalement ne doit pourtant pas dire encourager la
consommation, ni l’autoriser aux mineurs, ni même la banaliser. Cela
devrait aussi vouloir dire qu’on a compris que la consommation
compulsive de produits psychotropes, la toxicomanie, l’addiction est le
symptôme d’une pathologie qu’il faut soigner et qu’il est
contre-productif de punir pénalement. Mais
ceci est valable pour tous les produits psychotropes et non
seulement pour le cannabis. Toute
mesure de
dépénalisation doit être accompagnée de toute
l’information, de toutes les explications et de toute la
prévention nécessaires auprès du politique et de la population pour
créer les conditions qui permettent de promouvoir la prudence et, pour les plus
jeunes, de passer de "l'interdit pénal" à « l’interdit
social ». L’interdit
pénal
a, hélas, souvent paru suffisant au monde des adultes pour que
celui-ci se décharge complètement sur lui de sa responsabilité en
ce qui concerne la consommation de cannabis par les plus jeunes… Les phénomènes d’addiction chez les jeunes sont trop importants et trop graves pour en confier la prévention essentiellement à l’interdit pénal.
Qu’est-ce
que l’interdit social ? Alors
que l'interdiction (interdit pénal) relève du domaine de la loi,
l'interdit (interdit social) relève
plutôt de celui des moeurs, c'est-à-dire de pratiques socialement intégrées
ne requérant pas obligatoirement une formulation explicite. L’interdit social est, en la matière, potentiellement plus puissant que l’interdit pénal. Il doit se développer massivement même si l’interdit pénal demeure.
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